Steve Jobs in the cloud

Quand ils écriront des livres sur la fin du 20ème siècle et au début du 21ème siècle, les historiens ne manqueront pas d’ajouter un chapitre consacré à cette génération d’entrepreneurs dans le domaine de l’informatique et, plus tard, de la téléphonie mobile, car ils auront contribué à changer le monde, plus profondément que bien des chefs d’état. Des entrepreneurs issus pour la plupart de la Silicon Valley et qui ont troqué le costume contre des jeans, un tee-shirt et des baskets. Ils ne sont pas forcément les inventeurs des technologies qu’ils ont contribué à diffuser, mais ils en ont compris les enjeux et ont su trouver leur place dans les marchés et, par voie de conséquence, dans nos vies.

Steve Jobs était l’un d’eux. C’est grâce à lui que l’informatique personnelle est devenue simple à utiliser. Grâce à lui, l’interface sèche du MS-Dos s’est transformée en un bureau convivial. La souris a permis d’interagir de manière plus intuitive avec un ordinateur. Cet appareil était destiné aux informaticiens, managers, geeks et autres gamers, des gens qui se s’embarrassent guère de considérations esthétiques. Steve Jobs en a fait un objet d’une grande beauté, qui suscite le désir (et un peu de consumérisme). Fini le bakélite jauni, l’écran verdâtre et le clavier bruyant. L’ordinateur peut désormais trôner dans un salon.

Steve Jobs a aussi compris ce qu’Internet a changé dans la consommation musicale. Il a su rendre légal, commercial et rentable une tendance qui avait démarré avec les plateformes d’échange de fichiers, assimilées à du piratage. Le potentiel des téléphones portables dans l’utilisation d’Internet semblait évident depuis un certain temps, mais qu’il se concrétise. Steve Jobs a su imaginer l’appareil qui allait changer radicalement la situation. Désormais Internet n’est plus seulement accessible via un ordinateur et les appareils permettant de le consulter vont en se multipliant. En dernier lieu, les tablettes. Elles existaient déjà. Là encore Steve Jobs a su matérialiser le modèle qui nous a fait pensé que les tablettes étaient vraiment utiles, voire indispensables.

Bien sûr, toute médaille a son revers. L’univers créé par Steve Jobs est loin du monde open source basé sur le partage et l’ouverture. Le monde d’Apple est fermé et monétarisé. C’en est même un paradoxe quand on pense qu’à une certaine époque, Apple représentait une alternative sympathique face au quasi monopole de Microsoft. Ce temps là est loin, car Apple a rattrapé Microsoft en terme de chiffre d’affaire. On n’en voudra pas à Steve Jobs d’avoir refusé la pornographie sur les iPhone. En même temps, cela revenait à contrôler le contenu d’une plateforme pratiquement publique.

L’heure n’est cependant pas aux reproches. Le temps du jugement viendra suffisamment tôt. La contribution de Steve Jobs au développement de notre écosystème informationnel aura un impact durable. Il est parti jeune et il aurait certainement encore mis sur le marché des appareils fascinants s’il avait vécu plus longtemps. En même temps, il a inspiré toute une génération, dans son entreprise et en dehors. Son oeuvre lui survivra et se développera encore à travers tous ceux qui essayeront de marcher dans ses pas de géant. Pour paraphraser le titre d’un livre consacré à un moteur de recherche célèbre, ceux qui réfléchissent à l’intégration des technologies de l’information dans nos vies devront se demander, devant un problème: “qu’aurait fait Steve Jobs?”.
Tous les héros finissent par se fatiguer. Steve Jobs est parti au faîte de sa gloire, à son akmè, comme disait les Grecs. A coup sûr, il va devenir une icône et le processus vient de démarrer, à voir tous les témoignages qui ont fusé sur les homepages du monde entier. Qu’il repose en paix dans le “cloud” éternel.  Que de là, il continue à nous inspirer et à changer le monde.

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