La campagne d’Egypte

Lors de sa campagne militaire en Egypte, Bonaparte avait emmené avec lui des savants. Le résultat de leurs observation a été réuni dans un ouvrage intitulé “La Description de l’Egypte” qui a fait date et qui reste aujourd’hui encore une source d’information importante pour la connaissance de l’Egypte ancienne. Les planches notamment constituent un témoignage important sur les monuments égyptiens antiques.
Cet ouvrage, qui comporte 20 volumes, est désormais disponible sous une forme numérique sur Internet. Le site Web a été créé, sous l’égide de la Bibliotheca Alexandrina (BA) et de l’International School of Information Science (ISIS), qui est l’institut de recherche de la nouvelle Bibliothèque d’Alexandrie.

L’interface Flash conçue pour la lecture de l’ouvrage est très simple à utiliser. Elle offre la possibilité de parcourir les différentes pages de texte ou de planches ou d’effectuer des recherches dans l’ensemble, grâce à un index de mots-clés ou à un outil de recherche libre. Une fois la page trouvée, il est possible de l’agrandir, de la tourner de 90 degrés, de la sauver sur son ordinateur (eh oui :-)), d’en garder le lien dans le navigateur ou de l’envoyer à un ami.
Voilà désormais un ouvrage fondamental du patrimoine disponible facilement sous une forme attractive. Et pour ceux qui n’auraient pas une liaison à large bande, un DVD est disponible.

http://descegy.bibalex.org/

Bibliotheca Alexandrina

ISIS

La vie de Stendhal numérisée

Stendhal, de son vrai nom Henri Beyle, a laissé un texte autobiographique sous le titre de “La vie d’Henri Brulard”. La bibliothèque municipale de Grenoble présente le manuscrit numérisée de cette oeuvre sous une forme particulièrement attractive. En effet, il est possible de le feuilleter en ligne.

Il s’agit d’une application Flash, pourvue d’une animation grâce à laquelle on voit les pages se tournent. Petit raffinement: en entend même le bruit du papier. Une fois une page atteinte, on peut l’aggrandir pour mieux lire l’écriture serrée de l’auteur de la Chartreuse de Parmes.

L’édition diplomatique, aussi disponible en ligne, met côte à côte la transcription et le manuscrit. Un outil de recherche permet enfin de rechercher des termes dans le manuscrit.

Cerise sur le gâteau, la Bibliothèque municipale de Grenoble présente aussi une petite exposition virtuelle sur Stendhal, permettant de mieux faire connaissance avec l’écrivain et les détails de sa vie.

Manuscrit:
http://www.arkhenum.fr/bm_grenoble/stendhal/

Exposition
http://www.lectura.fr/expositions/stendhal/default.html

Appel à la foule

Un des grands chantiers du Web, c’est l’indexation des contenus. Cela signifie que chaque objet d’information: page web, fichier graphique, document, doit recevoir des mots-clés. Dans une banque de données restreinte comme un catalogue de musée ou de bibliothèque, c’est déjà une entreprise délicate. Mais à l’échelle d’Internet, c’est une tâche titanesque. Pourtant la nécessité est claire, si l’on souhaite accéder à l’ensemble des ressources via un moteur de recherche. Les éléments comportant du texte peuvent être indexés et livrer ainsi quelques mots-clés (même si ce n’est pas forcément les termes par lesquels les gens les chercheront). Les images continuent à poser un problème. Les moteurs de recherche d’images fonctionnent habituellement en indexant le nom du fichier et le contenu de la page où l’image est intégrée. Les images étant par nature complexes, on n’obtient pas forcément les mots-clés adéquats. Le recours à l’intelligence humaine semble être encore le meilleur moyen. Mais comment indexer des masses d’images?
Cette question est posée depuis quelques temps sur Internet, notamment grâce à des sites de partage de photos comme Flickr. Sur ce site, celui qui met une image peut insérer des mots-clés. Les autres utilisateurs ont la possibilité de proposer des mots-clés complémentaires, si le propriétaire des images l’autorise.


Exemple d’une image “taggable” dans Flickr

La possibilité de donner des mots-clés à des objets s’appelle le tagging, du terme anglais tag.
Pourquoi cette possibilité de donner des mots-clés alternatifs? C’est essentiel, car on sait que c’est une pratique très subjective. Celui qui a créé l’image est peut-être un connaisseur du sujet: imaginons un botaniste qui prend une photo d’une fleur. Il va en donner le nom scientifique. Mais la plupart des gens utiliseront le terme vernaculaire pour rechercher une image de cette fleur. De plus, ce terme vernaculaire peut changer d’une région à l’autre. On comprend alors l’intérêt de laisser d’autres utilisateurs proposer des mots-clés. Il y a bien entendu le risque d’avoir aussi des termes erronés ou absurdes, mais le bénéfice général est supérieur. Quand on donne la possibilité au public de proposer des mots-clés, on parle de folksonomy ou indexation populaire.
Dans le domaine des musées, on s’est intéressé à la folksonomy. Il y a des expériences en cours, comme le “Art Museum Social Tagging Project” ou Steve. Le site Web du projet présente des oeuvres d’art et des objets archéologiques ou ethnologiques à indexer. Les visiteurs peuvent proposer des mots-clés. Une première analyse des termes proposés par le public montre que 90% des termes proposés ne se trouvent pas dans la documentation du musée relative à aux objets correspondants.

http://www.steve.museum/index.php?optio … &id=51

http://www.steve.museum/

Cela illustre bien le fossé entre l’indexation savante et les représentations populaires. Et cela fonde la nécessité de l’indexation populaire. Du reste, certains musées jouent déjà le jeu:

http://www.clevelandart.org
http://magart.rochester.edu/

Le recours aux foules pour indexer des masses énormes de documents correspond à deux tendances profondes et conjointes du web. Tout d’abord le Web 2.0 et la soif des internautes de participer aux contenus. Wikipédia, l’encyclopédie participative, en est l’exemple-phare. On est passé d’un internaute consommateur, content de trouver de nombreuses données en ligne, à un internaute consomm-acteur, qui souhaite contribuer aux sites qu’il visite, en commentant, en composant des textes, en intégrant des images, etc… La seconde tendance est en fait l’autre face du Web 2.0: les initiateurs de grands projets ont tôt fait de comprendre le parti qu’ils pouvaient tirer de la situation en utilisant le travail de la foule des internautes. On parle alors de “crowdsourcing”, un terme forgés sur les termes “crowd” (foule” et out-sourcing. Il y en a de nombreux exemples: cela peut aller de l’utilisation de la puissance de calcul de milliers d’ordinateurs dispersés dans le monde à de la recherche médicale. Certains projets assurent même un revenus à ceux qui y participent.
En l’absence de salaire, comment convaincre les internautes d’indexer des images? Le tagging est une activité modeste et invisible (contrairement à un article dans Wikipédia). Luis von Ahn, un chercheur en informatique, a considéré que la facteur humain était essentiel dans l’informatisation et la numérisation. Il a imaginé qu’un simple jeu pouvait permettre d’indexer une masse considérable d’images. Il a mis au point ESPgame: on joue avec un partenaire attribué par le système. Chacun voit la même image et doit proposer des mots-clés dans un temps limite pour obtenir des points.

http://www.espgame.org/

Ce jeu a obtenu un grand succès et il a été repris par Google, sous le nom de Google Image Labeler:

http://images.google.com/imagelabeler/

Ainsi, grâce à ce jeu simplissime et pourtant amusant (voire addictif comme tous les jeux à score), Google escompte bien indexer des masses à peine chiffrables d’images et améliorer ainsi les recherches de Google Images.

Alors que le monde physique est marqué par une tendance à l’individualisme, le monde virtuel retrouve l’esprit des bâtisseurs de cathédrale, de la participation à une tâche qui dépasse l’individu. Cet état d’esprit est fondamental pour augmenter les informations sur Internet et les consolider en les rendant plus accessibles. Il est évident que l’indexation est l’une des clés de cette consolidation et qu’elle ne peut pas être le fait d’individus ou d’équipes restreintes et hautement formées.

Mémoire européenne

Pour tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de l’Europe de l’après-guerre, le site du Centre virtuel de la connaissance sur l’Europe est un passage obligé. Il réunit en effet plus de 15’000 documents, textes, articles de journaux, lettres officielles, photos, vidéos, cartes, etc…
Pour se retrouver dans cette masse de documents, on peut utiliser le moteur de recherche ou passer par le système de navigation qui donne son nom à la banque de connaissance: European NAvigator. Les documents sont rangés chronologiquement (par événements historiques), selon les institutions (Union européenne ou Conseil de l’Europe par exemple). Plusieurs dossiers spéciaux sont également disponibles, dont le plus récent concerne Willy Brandt. On peut aussi se promener dans la médiathèque et retrouver les documents selon leur type (texte, photos, vidéos, …).
Le Thesaurus permet d’accéder à des documents selon des thèmes hiérarchisés. On connaît la complexité du jargon européen. Le site offre donc un lexique définissant les termes importants.

http://www.ena.lu/

Ce site s’adresse avant tout à un public de connaisseurs: étudiants, chercheurs, enseignants. Il a un système de navigation relativement complexe. L’accès à un document implique parfois l’ouverture de plusieurs fenêtres du navigateur, ce qui est un peu pénible.

Dis-moi, Muse!

Si les anciens vénéraient les Muses parce qu’elles inspiraient les aèdes au moment où ils se mettaient à raconter les histoires des héros comme Ulysse ou Achille, nous serons peut-être redevables à Internet de maintenir les connaissances de ces récits et surtout de les rendre accessibles sous des formes attractives. Le projet Chicago Homer est sans conteste parmi ceux qui donneront envie d’approfondir les textes épiques grecs.
Le site Chicago Homer permet de lire les vers grecs en parallèle avec le texte traduit dans une langue moderne. Chaque mot grec est cliquable, ce qui permet d’afficher à droite le mot tel qu’il apparaît dans le le dictionnaire, le lemme. En cliquant sur le lemme, on peut accéder à toutes les citations de ce mot dans les textes du projet (Homère, Hymnes homériques et Hésiode). Ainsi il est possible de voyager d’un texte à l’autre, en suivant un terme ou un personnage. Cet outil invite à une lecture discursive (la lecture suivie étant certainement préférable avec un livre dans un fauteuil au coin du feu). Il permet d’accéder à l’univers d’un mot dans l’univers de l’épopée grecque. Cela a beaucoup de sens, car l’épopée grecque était elle-même très hypertextuelle. Presque chaque vers comporte des allusions à d’autres épidodes ou une citation d’autres vers.

Le site Chicago Homer est lié à la bibliothèque digitale de référence Perseus. Les textes utilisés par le projet, qu’il s’agisse des originaux grecs ou des traductions en anglais ou en allemand, sont en partie anciens (et donc dans le domaine public) et en partie récents. Fort heureusement, des arrangements avec les éditeurs commencent à se faire.
L’ergonomie du système n’est pas encore idéale. On se perd un peu dedans et il n’est pas aisé de savoir comment revenir au premier texte que l’on était en train de lire. La fenêtre réduite n’est pas non plus idéale. Les écrans sont devenus spacieux et l’utilisateur aimerait sans doute avoir plus de place à disposition. Malgré ces petits défauts, l’Homère de Chicago est à intégrer dans vos bookmarks.

http://www.library.northwestern.edu/homer/

http://www.perseus.tufts.edu/

Les ruines de Pompéi

Bricks est un projet financé par la Communauté européenne, dont le but est l’encouragement à la digitalisation. Parmi les réalisations de ce projet, on trouve une bibliothèque digitale permettant de retrouver des documents provenant d’anciennes publications sur Pompéi: “The Fortuna Visiva of Pompeii”. Pour accéder aux documents, il faut cliquer sur un plan de Pompéi. Il s’agit le plus souvent de dessins faits par des archéologues au 19ème siècle, reproduits dans leurs publications. Ces ouvrages sont très difficilement accessibles aujourd’hui et ils sont pourtant encore utiles, ne serait-ce que parce qu’ils témoignent du site dans un état de conservation différent d’aujourd’hui. En outre, ces dessins anciens représentant des monuments, des peintures, des mosaïques, sont remarquables.

http://pompeii.brickscommunity.org:8080/BricksPompei/

Tout louable que soit ce site, il n’en présente pas moins quelques faiblesses. Son ergonomie n’est pas aisée. La carte est muette: elle ne donne aucun nom de maison ou de monument. Il faut donc soit connaître Pompéi comme sa poche, soit y aller au hasard, soit encore disposer d’un autre plan, parlant celui-là. Il est possible de rechercher les documents grâce à un formulaire, mais ce dernier ne dispose d’aucune aide. En principe, il devrait offrir des menus déroulants ou des listes de mots-clés. Enfin, vu la beauté des dessins et le fait qu’ils sont clairement dans le domaine public, on peut regretter que la version agrandie soit affublée d’un grand P renversé, pour éviter que les images soient réutilisées dans d’autres contextes.

;-)Le plus cocasse, dans cette affaire, c’est qu’un des ouvrages qui est le plus souvent référencé dans le site “The Fortuna Visiva of Pompeii”, “Les ruines de Pompéi” par F. Mazois, est disponible dans la nouvelle bibliothèque numérique européenne Europeana:

http://www.europeana.eu/Search?q=Mazois … 10&p=1

On peut consulter aussi bien les pages scannées que le texte numérisé. Mais le lien avec le plan de Pompéi n’existe pas. Rien n’est parfait, même dans le monde virtuel.

Le plus difficile, dans le domaine des projets de digitalisation, c’est de donner un accès aux documents en grande masse. La carte est un excellent moyen, mais dans le cas qui nous occupe , cette carte n’a pas les fonctionnalités requises: légende, passage vers une image satellite, etc.. En outre, il faut créer des outils capables d’intégrer constamment de nouvelles couches d’informations. Un des excellents exemples est celui des applications géographiques de Google. Elles sont prévues pour permettre la connection avec d’autres sources de données. Nous avions déjà mentionné ce développement d’un ingénieur de Google, assurant le lien entre des lieux mentionnés dans un livre et la carte. Si on me demandait mon avis, je dirais que dans le cas d’un site comme Pompéi, il faudrait tout d’abord créer un plan de référence, accessible à tous et sur lequel différentes équipes de chercheurs pourraient greffer leurs propres informations.

Bricks Project: http://www.brickscommunity.org/

1 milliard de références

Cela dépasse l’entendement et pourtant cela existe. Même plus, c’est en ligne et disponible gratuitement. Et cela rend d’imminents services. De quoi est-ce que je parle? De WorldCat. Il s’agit du plus grand catalogue de bibliothèque au monde, alimenté par 57’000 institutions dans plus de 110 pays. Créé en 1971 sous l’égide de du Online Computer Library Center (OCLC), ce catalogue a été mis en ligne en 2006.

Outre la quantité phénoménale d’ouvrage qu’on y trouve, la version en ligne WorldCat présente d’autres avantages. Tout d’abord, la recherche est simple: dans un champ, on peut mettre un nom d’auteur, un titre, un mot-clé. Un formulaire de recherche avancé est aussi disponible. De plus, WorldCat offre un lien que l’on peut mettre sur n’importe quel site Web et qui permettra de citer l’ouvrage de manière efficace. WorlCat permet aussi l’exportation d’une référence dans les systèmes de bibliographie comme EndNote. Il propose des manières de citer l’ouvrage: il n’y a plus qu’à faire un copier-coller. Enfin, le système est tout à fait dans l’esprit du temps (2.0), car il permet à toute personne qui s’inscrit (gratuitement) dans le système à rédiger des critiques d’ouvrage sur le site.


http://worldcat.org/oclc/3913188

:-)A souligner: une interface sobre et une ergonomie efficace.

http://worldcat.org/

http://www.oclc.org/

Dis-moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es!

Les vacances d’été constituent une période propice à la lecture, sous un parasol ou, en cas de pluie, bonne solution de replis à l’intérieur. La lecture est souvent considérée comme un plaisir solitaire. Elle l’est pendant la phase de lecture proprement dite, mais un livre continue à vivre dans l’esprit du lecteur et, bien souvent, ce dernier a envie de le partager. Comme les goûts sont souvent très personnels, il n’est pas toujours simple de trouver dans son entourage les personnes avec en parler. Internet peut jouer le rôle de truchement et mettre en contact les lecteurs de tel ou tel ouvrage. Les sites personnels, les blogs ou les sites sociaux peuvent servir à cela. Il existe cependant un outil spécifique consacré au partage des goûts livresques: Library Thing.
Cet outil permet à chacun, pour autant qu’il ouvre un compte, d’enregistrer en ligne ses ouvrages. Le système possède des facilitations de saisie. Ce qui est intéressant, dans ce système, c’est qu’on peut avoir les pseudonymes des autres possesseurs d’un même livre. On peut potentiellement entrer en contact avec eux et partager ses impressions. Les discussions se font également en ligne, dans les forums. On peut aussi, et c’est très intéressant, afficher la bibliothèque d’autres membres du site et mieux connaître ses goûts.
Le système fonctionne aussi comme un outil de recommandation de lecture. On y trouve des listes d’auteurs et de mots-clés, également sous la forme de nuage.


Extrait du nuage d’auteurs de LibraryThing

Un compte gratuit permet de saisir jusqu’à 200 livres. Sinon, il faut payer 10$ par an ou 25$ pour un compte à vie (probablement la meilleure solution). Le compte gratuit permet à chacun de partager ses goûts, en mettant ses livres les plus intéressants. Au-delà le système s’adresse plutôt à des professionnels: libraires, éditeurs, bibliothécaires qui peuvent tous en tirer parti d’une manière ou d’une autre (lien vers un site de librairie, critique ou indexation).

http://www.librarything.fr

Homère en 3D

Quand les technologies les plus récentes rejoignent le passé le plus lointain, ce dernier peut retrouver une nouvelle vie. C’est en tout cas le pari fait par une équipe de chercheurs américains venus à Venise, dans la Bibliothèque Saint-Marc, afin de scanner le plus ancient manuscrit conservé du texte de l’Iliade d’Homère, connu sous le nom de Venetus A. Ce manuscrit est très fragile et la dernière couverture photographique qu’on en ait faite date du début du 20ème siècle. Les initiateurs du projet ne veulent pas se contenter de refaire une numérisation des pages, à plat, pour donner une version en haute définition. Ils veulent aller plus loin et offrir aux chercheurs une version virtuelle du manuscrit en 3D, avec ses défauts, ses aspérités, rendant probablement inutile la consultation du manuscrit lui-même, mais permettant à beaucoup plus de gens de le consulter. En effet, le résultat sera mis en ligne sous licence Creatives Commons.
L’épouse d’un des membres de l’équipe a écrit un article sur le site du magazine Wired, décrivant les conditions de travail très difficile dans les bâtiments anciens de la Bibliothèque Saint-Marc, dont le courant électrique était trop faible pour permettre l’utilisation de tout l’appareillage nécessaire.


Photo: Amy Hackney Blackwell

Cette réalisation fait partie d’un projet plus important, intitulé Homer Multitext. Grâce à lui, une version du texte d’Homère sera mise au format XML pendant cette été, par des étudiants hellénistes.
Ces initiatives mettent à la disposition de chacun des documents et des informations qui ne sont pas des produits finis, grand public. Il s’agit des sources de base permettant de travailler de manière directe sur le texte d’Homère, en vue par exemple de l’éditer. On peut imaginer qu’avec de tels outils, les étudiants en grec ancien pourront s’exercer au travail exigeant de l’édition sur un autre support que de vieilles photographies.

http://www.wired.com/gadgets/miscellane … iliad_scan

http://marciana.venezia.sbn.it/

http://www.chs.harvard.edu/publications … titext.ssp

Accès au savoir en ligne

La jeune Maison d’analyse des processus sociaux de l’Université de Neuchâtel (MAPS) recevait mercredi Jacques Perriault, un chercheur français qui s’intéresse aux conséquences du développement des technologies de l’information dans le domaine du savoir. Ce spécialiste de l’enseignement à distance a écrit un livre important sur ce thème, intitulé “L’accès au savoir en ligne”.


Odile Jacob

Jacques Perriault a commencé par parler du contexte dans lequel se développent ces technologies de l’information et de la communication (TIC) et a relevé l’importance de la géopolitique. En effet, l’Occident n’est pas seul (ou plus seul) dans ce domaine et des pays émergents comme l’Inde ou la Chine y jouent un rôle de plus en plus important. De plus, le phénomène de la fracture numérique, s’il est réel, ne se traduit pas seulement en termes Nord-Sud. En effet, l’utilisation des TIC divise aussi l’humanité en deux par les compétences qu’elles requièrent et il est bon de les rappeler:

traitement parallèle de l’information. Les utilisateurs de TIC que nous sommes doivent en effet gérer en même temps quatre couches: la machine (ordinateur, téléphone, …), le système d’exploitation, l’accès Internet et les logiciels.

raisonnement inductif (ou abductif): à chaque moment, les utilisateurs de TIC peuvent être amenés à évaluer des situations et à formuler des hypothèses sur des bugs qui apparaissent. Le jeu vidéo constitue une excellente formation dans ce domaine.

capacité à faire de la maintenance aussi bien dans le domaine du hardware que dans celui du software.

La lecture de ces compétences peut rappeller certainement à chacun de nous des situations vécues soit par nous-mêmes, soit par des proches. De nombreuses personnes se sentent lâchées par les TIC et pour beaucoup d’entre elles, c’est un aveu difficile à faire.

Jacques Perriault a aussi évoqué le savoir qui est disponible en ligne. Son terrain est celui du e-learning, qui a suscité de grands espoirs, mais n’a pas tenu ses promesses. Le chercheur constate en effet qu’aujourd’hui les organisations fabriquent en interne de la formation continue, ce qui peut se comprendre, du moment que de nombreux savoirs sont vus comme exclusifs. Ce qui se développe en revanche sur Internet (et souvent en open source), ce sont des plateformes e-learning qui permettent d’ouvrir des classes virtuelles.
Il semble que les usages qui se sont développés dans le domaine du e-learning ne soient pas ceux qui étaient attendus, comme l’apprentissage à l’écran. Jacques Perriault s’est occupé d’une institution nationale française d’enseignement à distance qui voyait ses utilisateurs disparaître sitôt inscrits. En effet, ce qui attirait les gens, ce n’était pas l’offre d’enseignement, mais la possibilité d’évaluation des compétences qui était offerte par ce système. Il semble aussi que pour les personnes inscrites dans des formations à distance, ce sont les possibilités de communication qui sont les plus importantes (classe virtuelle, chat, yahoo group, voire rencontres dans le monde réel).
De nombreux contenus ont été déjà produits, mais en l’absence de standards, ils sont difficiles à retrouver. La France a mis au point un programme destiné à retrouver ces offres dispersées un peu partout. L’important maintenant est d’indexer ces offres, c’est-à-dire d’appliquer à chacune les mêmes descriptifs (méta-données). Un standard est en discussion à l’ISO. En attendant, on peut utiliser le LOM (Learning Object Metadata). Si chaque objet d’enseignement est décrit de la même manière, cela donne de meilleures chances de les retrouver.
Jacques Perriault a aussi relevé l’aspect protéiforme de l’accès à ces connaissances. Hier, on parlait de portails d’accès. Aujourd’hui, ce sont les moteurs de recherche (Google en premier), les blogs, les RSS, les revues en ligne, qui constituent les portes d’entrée au savoir en ligne. Il faut aussi s’interroger sur la nature de ces savoirs: on trouve certes des cours sur des matières académiques, mais aussi toutes sortes de tutoriaux et de présentations sur des sujets douteux. Comment faire? L’exemple des sites sur la santé est très éclairant: en Suisse, il existe un label pour les sites dont le contenu est considéré comme fiable.
Pour terminer son exposé, Jacques Perriault a donné quelques pistes d’action pour oeuvrer à un développement des TIC. Selon lui, il faudrait:

promouvoir la notion de bien public informationnel, un bien dont le responsable garantit l’accès et la durabilité.

acter de nouvelles formes de production et d’accès au savoir. Actuellement, le savoir en ligne est parallèle à celui qui est dispensé dans les salles de cours. Le prendre en compte supposerait, par exemple, un ré-aménagement de l’architecture des campus, avec moins de salles de cours et plus de salles de travails avec accès en ligne.

intensifier la politique de normalisation des formats afin de faciliter les échanges de savoirs en ligne. La mise en place de standards internationaux est essentielle.

promouvoir une culture du traitement de l’information. C’est fondamental. Pour l’instant, la formation à l’outil informatique se borne à l’utilisation pure et simple des machines et des logiciels, mais elle ne prend pas du tout en compte la culture de la société de l’information.

Jacques Perriault n’appartient pas à la catégorie des optimistes de la société de l’information. Il est conscient aussi bien des problèmes que des avantages que les TIC apportent à notre société. Il y voit autant de défis que l’humanité aura à relever dans les prochaines années.