Cuisine champêtre
Tous les environs sont en fêtes,
Fanfares, concours de pompiers,
Et les lapins, ces pauvres bêtes,
En gémissent dans leurs clapiers !
Ils sont stoïques dans l'attente
Du plus barbare des destins.
On lit sur l'enseigne éclatante :
« Salons pour noces et festins ».
Quand les Parisiens envahissent
Berceaux, charmilles et salons,
Aux joyeuses chansons s'unissent
Le chant du lard dans les poêlons !
Il fait si bon sous les tonnelles,
Où l'on entend de tous côtés,
Baisers, promesses éternelles,
Précédant les lapins sautés !
La recette ma foi n'est pas bien difficile
C'est nature — il suffit seulement d'être habile
A tuer l'animal, et savoir se hâter
De le bien dépouiller, dépecer et sauter.
On découpe d'abord dans le lard de poitrine,
Quelques lardons moyens, que l'on fait revenir,
Ainsi que le lapin ; on y met la farine,
On laisse cuire un peu, sans trop laisser brunir,
On mouille d'un vin blanc souvent problématique.
Assaisonnez à point, pour plaire à l'estomac,
Puis oignons, champignons, et — surcroît magnifique
Faites brûler dessus un verre de cognac !
Lors, de ces excellentes bêtes
Il ne reste plus que les peaux.
Qui plus tard orneront nos têtes
Quand on en fera des chapeaux !
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