Fidèle souvenance

I

J'ai dans ma vie un lieu joli,
Un joli lieu d'intime amour et de fête
Secrète :
Un pan de ciel, avec un pli,
Des feuilles vertes sur la tête,
Des feuilles mortes sous les pieds, un joli
Lieu d'Amour grand comme un lit
De fillette.

Au loin sur la mer une voile partait.

II

J'ai dans ma vie un joli lieu
De rêve doux et de retraite sainte.
Lieu parfumé par les baumes ; un peu de bleu
Vers l'Orient, c'est la forêt et son étreinte
Aux mille bras ; un peu
De vent vers l'Occident, c'est la mer et sa plainte.

Au loin sur la terre une vieille chantait.

III

J'ai dans ma vie un joli
Lieu d'amour dont mon âme est toute pleine.
Refuge cher, tout au loin du vulgaire oubli,
Margelle en fleurs tout au bout d'une plaine,
Puit de fraîcheur où se réfléchit
Le rare éclat d'un regard d'infini
Qui doucement sommeille enseveli
Sous les frissons velus de la Verveine
Bleue et de la blême Marjolaine.

Au loin sur la mer une voile partait.

IV

J'ai dans ma vie une minute d'or
Qui tinta si longtemps, qu'elle retinte encor
En ce lieu si tendre, où je m'enfuis quand je pleure,
Et c'est là, qu'en berçant l'heure
D'autrefois dans un ineffable leurre
Je songe comme on dort,
et c'est là qu'en dormant, Dieu veuille que je meure !

Au loin sur la terre une vieille chantait.

LA VOIX DES CHOSES

Elu ! qui pour jamais peut en soi maintenir
L'Idéale grandeur d'un pieux Souvenir.

(La Mort du Rêve)