{"id":78,"date":"2009-12-14T17:05:00","date_gmt":"2009-12-14T17:05:00","guid":{"rendered":"https:\/\/be-virtual.ch\/blog\/2009\/12\/14\/tes-plus-ma-copine\/"},"modified":"2009-12-14T17:05:00","modified_gmt":"2009-12-14T17:05:00","slug":"tes-plus-ma-copine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/be-virtual.ch\/blog\/2009\/12\/14\/tes-plus-ma-copine\/","title":{"rendered":"T\u2019es plus ma copine"},"content":{"rendered":"<p><span><a href=\"http:\/\/www.be-virtual.ch\/blog\/?p=327#comments\" title=\"Comment on T\u2019es plus ma copine\"><\/a><\/span><!-- sphereit start -->Les lexicographes du New Oxford American Dictionary observent les changements de la langue et chaque ann\u00e9e, ils choisissent le n\u00e9ologisme qui t\u00e9moigne le mieux des tendances de l\u2019ann\u00e9e. Il doit s\u2019agir d\u2019un terme qui a une port\u00e9e culturelle et qui correspond \u00e0 un usage. Pour 2009, le choix s\u2019est port\u00e9 sur \u201cunfriend\u201d. Il s\u2019agit d\u2019un verbe qui d\u00e9finit l\u2019action d\u2019enlever une personne de sa liste d\u2019amis dans un r\u00e9seau social sur Internet. Ce terme est une aberration linguistique, l\u2019adjonction du suffixe un- indiquant le fait de d\u00e9faire ce qui a \u00e9t\u00e9 fait suppose un verbe \u201cfriend\u201d, qui n\u2019existe pas. Mais une langue est g\u00e9r\u00e9e par ses locuteurs et nous ne pouvons que constater les usages une fois qu\u2019ils sont massifs. C\u2019est donc sur le sens de ce terme qu\u2019il faut nous interroger. <\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/blog.oup.com\/2009\/11\/unfriend\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">http:\/\/blog.oup.com\/2009\/11\/unfriend\/ <\/a><\/p>\n<p>L\u2019amiti\u00e9 est souvent consid\u00e9r\u00e9e comme un sentiment solide, ind\u00e9fectible et plus durable que l\u2019amour. Seule la mort peut le d\u00e9lier, comme le souligne Georges Brassens dans sa chanson \u201cLes copains d\u2019abord\u201d: \u201cQuand l\u2019un d\u2019entre eux manquait \u00e0 bord, c\u2019est qu\u2019il \u00e9tait mort\u201d. Les technologies de l\u2019information et de la communication ont provoqu\u00e9 des changements importants dans les relations humaines. Il faut cependant faire quelques nuances. L\u2019individualisme et les pratiques de consommation y sont aussi pour quelque chose, de m\u00eame que la disparition progressive des lieux de socialisation. Le t\u00e9l\u00e9phone portable et Internet ont certainement amplifi\u00e9 le ph\u00e9nom\u00e8ne et lui ont donn\u00e9 une dimension qu\u2019il n\u2019aurait pu atteindre autrement.<\/p>\n<p>Qui est donc l\u2019objet de cette action \u201cunfriend\u201d: l\u2019individu de chair et de sang ou son double num\u00e9rique? A qui se lie-t-on \u00e0 travers les r\u00e9seaux sociaux sur Internet? A la personne ou bien \u00e0 son profil? Les sentiments qui se sont construits par le biais de moyens techniques semblent toujours plus commutables que ceux qui se sont nou\u00e9s dans la vie r\u00e9elle. Bien avant qu\u2019Internet ne devienne un ph\u00e9nom\u00e8ne aussi important, Philippe L\u00e9otard chantait:<\/p>\n<p>mainten\u2019ant j\u2019te rembobine<br \/>j\u2019te reset pas, j\u2019te rewind,<br \/>j\u2019te pause, j\u2019te stoppe j\u2019t&rsquo;ejecte<br \/>j\u2019te forward, j\u2019te play plus.<br \/>t\u2019es plus ma copine,<br \/>t\u2019es plus mon amour,<br \/>t\u2019es plus pr\u00e9sente dans mon avenir<\/p>\n<p>Dans ce texte, la m\u00e9taphore technologique rend la rupture plus simple, plus d\u00e9finitive. On n\u2019a pas \u00e0 affronter un regard, un cri, des larmes. Il suffit maintenant de presser sur un bouton, de cliquer, d\u2019envoyer un sms. La l\u00e2chet\u00e9 est au bout du fil. Le truchement des machines facilite le lien comme sa dissolution. Alors qu\u2019avant Internet, la construction d\u2019un r\u00e9seau social \u00e9tait fortement contrainte par la g\u00e9ographie, la soci\u00e9t\u00e9 s\u2019est fortement virtualis\u00e9e. Les \u00e9tudes sur les r\u00e9seaux ont montr\u00e9 que chaque membre est \u00e0 quelques noeuds de tout autre. Potentiellement on peut \u00eatre l\u2019ami de tous. Par cons\u00e9quent, \u00e0 la moindre friction, on pr\u00e9f\u00e8re aller voir ailleurs plut\u00f4t que d\u2019essayer d\u2019aplanir les difficult\u00e9s.<\/p>\n<p>On le sait, le maillon le plus faible d\u00e9termine l\u2019\u00e9tat du r\u00e9seau. La volatilit\u00e9 des relations qui naissent \u00e0 travers les technologies de l\u2019information finissent par d\u00e9teindre sur le reste de la soci\u00e9t\u00e9. Le sociologue polonais Zygmunt Baumann parle d\u2019amour, de soci\u00e9t\u00e9 liquide pour d\u00e9crire la fugacit\u00e9 des relations \u00e0 notre \u00e9poque.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/icrushalot.com\/\" title=\"Graphic made with ICrushALot.com Graphics Generator\" style=\"border: medium none ; color: rgb(255, 32, 100); text-decoration: none;\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/i306.photobucket.com\/albums\/nn273\/icrushalot\/Heart-7.jpg\" \/><br \/>ICrushALot.com<\/a><\/p>\n<p>Est-ce une fatalit\u00e9? Internet ne doit-il mener qu\u2019\u00e0 des relations humaines sans profondeur, sans dur\u00e9e? Pas forc\u00e9ment. Les individus devront r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 leurs attentes plut\u00f4t que de consommer de la relation. Le Web peut aider \u00e0 maintenir son r\u00e9seau de connaissances r\u00e9el. Nous avons tous des amis d\u2019enfances, des copains qui habitent dans d\u2019autres villes ou pays, des cousins \u00e9loign\u00e9s. Les r\u00e9seaux sociaux permettent de garder le contact avec ceux qui l\u2019on connait d\u00e9j\u00e0. Ils peuvent bien entendu renforcer les contacts professionnels.<\/p>\n<p>Devant la rar\u00e9faction des lieux de socialisation, Internet est devenu \u00e9galement un espace de rencontre, aussi bien pour l\u2019amiti\u00e9 que pour l\u2019amour. Les liens qui se cr\u00e9ent doivent bien se mat\u00e9rialiser. Les individus doivent bien se rencontrer. Avec le jeu des pseudonymes et des profils myst\u00e9rieux, il est difficile de savoir si un ami habite \u00e0 1000 kilom\u00e8tres ou bien dans le p\u00e2t\u00e9 de maison voisin, comme dans le film \u201cVous avez re\u00e7u un message\u201d. Mais la g\u00e9olocalisation commence \u00e0 \u00eatre int\u00e9gr\u00e9e aux r\u00e9seaux sociaux. Nous avons d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 du r\u00e9seau Aki Aki. Cette application permet de trouver des gens qui se trouvent \u00e0 proximit\u00e9, gr\u00e2ce \u00e0 son t\u00e9l\u00e9phone portable. Un nouveau r\u00e9seau social fait fureur en Am\u00e9rique du Nord: Foursquare. Il permet de donner de bonnes adresses et de cr\u00e9er des listes de choses \u00e0 faire. Google pr\u00e9pare Favorite Places. Bien entendu, un t\u00e9l\u00e9phone portable est indispensable pour profiter de ces applications.<\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"http:\/\/www.aka-aki.com\/\" title=\"Aki-Aki\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Aki-Aki<\/a><\/li>\n<li><a href=\"http:\/\/www.foursquare.com\/\" title=\"Foursquare\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Foursquare<\/a><\/li>\n<li><a href=\"http:\/\/www.google.com\/help\/maps\/favoriteplaces\/gallery\/index.html\" title=\"Favorite Places\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Favorite Places<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p>On en revient toujours \u00e0 nos fondamentaux. La virtualisation n\u2019a de sens que si elle est suivie par une actualisation. Peu importe que l\u2019on rencontre quelqu\u2019un dans un train, un caf\u00e9, un club de gym ou sur Internet. A un moment donn\u00e9, il faut lui faire une place dans sa vie r\u00e9elle. Mais consommer de la relation virtuelle, zapper sur des profils, cela n\u2019apporte gu\u00e8re de satisfaction \u00e0 long terme.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les lexicographes du New Oxford American Dictionary observent les changements de la langue et chaque ann\u00e9e, ils choisissent le n\u00e9ologisme qui t\u00e9moigne le mieux des tendances de l\u2019ann\u00e9e. Il doit s\u2019agir d\u2019un terme qui a une port\u00e9e culturelle et qui correspond \u00e0 un usage. Pour 2009, le choix s\u2019est port\u00e9 sur \u201cunfriend\u201d. 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