Le musée virtuel de la télévision


Toujours à Lift, Jean Burgess, chercheuse australienne, a présenté la recherche qu’elle a consacré à You Tube. Au départ, You Tube était un produit conçu par des développeurs qui n’avaient pas la moindre idée de ce qu’on pourrait faire avec ce système. Aujourd’hui, c’est une véritable communauté en ligne. 50% de son contenu a été produit par ses utilisateurs. Le 42% du contenu est traditionnel: il provient des télévisions. Les utilisateurs de You Tube archivent tout ce qui est digne d’être conservé à leurs yeux. You Tube est donc aussi un projet collectif d’archive culturelle. C’est le plus grand musée de la télévision et ce qui entre dans sa collection a été choisi par la communauté. Evidemment la communauté de You Tube se heurte au problème de la propriété intellectuelle.

Digital natives: mythe ou réalité?


Qu’en est-il des digital natives? Lift a tenté de répondre en y consacrant une session. Antonio Casilli, chercheur à l’EHESS, a montré que cette catégorie ne correspondait pas à une évidence du point de vue empirique. Il s’agirait d’une construction dues à des raisons économiques (les jeunes sont friands de produits à forte valeur ajoutée comme les jeux), culturelles (vision optimiste du futur) et démographique (exclusion sociale des seniors).

Dans la même session, un digital native est venu expliquer comment sa génération utilise Internet. Il nous a expliqué les attentes et pratiques des jeunes, forcément nés avec un ordinateur dans les mains. Tout d’abord, ils s’attendent à tout ce qu’ils trouvent sur le Net soit gratuit. La seule chose qu’ils payent est l’abonnement mensuel. Tout doit aussi être simple, rapide, facile. Ils baignent dans une information en temps réel, accessible constamment. Quant à Facebook, tout le monde l’utilise. Les jeunes ne sont pas préoccupés autrement par les problèmes liés à la vie privée. A la question de savoir s’il avait un sentiment d’addiction, posée par le public, notre jeune digital native a répondu par la négative.

Alors, ils existent, ces digital natives? Ce qui est certain, c’est que la question va disparaître avec le temps. De plus, il existera toujours dans la société des pratiques variables selon les individus.

Le futur des manifestations

Ce titre résume assez bien ma matinée à la Conférence Lift. J’ai tout d’abord participé à un atelier consacré aux changements induits par les nouvelles technologies dans l’organisation de conférences, de rencontres, animé par Gianfranco Chicco. Dans un passé récent, il fallait se déplacer physiquement pour assister à une conférence. Elle avait lieu dans un endroit bien circonscrit (un centre de congrès). Aujourd’hui, grâce à Internet, un cercle beaucoup plus large de personnes peuvent bénéficier des contenus qui sont présentées. Toute conférence qui se respecte a une plateforme Internet, qui peut être prolongée par diverses applications sur téléphone ou tablettes. Celui qui ne peut pas s’y rendre peut suivre les présentations et discussions sur le site, le plus souvent sous la forme d’un live stream. Les diaporamas sont mis en ligne. Les participants commentent ce qu’ils entendent sur leurs blogs (eh oui!) ou sur Twitter (#lift10). Le temps a éclaté aussi: la plateforme permet aux participants d’interagir entre eux avant le premier jour, quand ils n’organisent pas le contenu en faisant des propositions et en les soumettant au vote. Quel est donc encore l’intérêt de participer physiquement à une manifestation comme Lift? L’animateur de l’atelier l’a bien dit: si le contenu est important, c’est l’expérience qui est déterminante. Les organisateurs doivent tout entreprendre pour que les gens qui viennent assister à une conférence vivent une expérience (intéressante, inoubliable, …). Bien souvent, la qualité de cette expérience se joue en dehors des présentations. Il faut favoriser les rencontres entre les gens, éviter que les participants ne parlent qu’avec ceux qu’ils connaissent déjà. Il faut mettre en place des systèmes permettant aux gens d’apporter leurs contributions. Les manifestations ne sont donc pas mis en danger par les nouvelles technologie: leur statut d’expérience les enlève de la liste des institutions mis à mal par Internet. En même temps, leur impact devient plus grand, car le Web joue une caisse de résonance. Aujourd’hui nous pouvons tous profiter des conférences sur Internet les plus importantes en ne nous rendant qu’à certaines d’entre elles.

La première session de la journée a été consacrée à l’impact des réseaux sociaux dans le domaine de la politique. Rahaf Harfoush a travaillé dans l’équipe de campagne de Barack Obama. Elle nous a expliqué les principes sur lesquels elle se basait. L’horizontalité des réseaux sociaux a permis de gagner plus de citoyens à sa cause et de lever plus de fonds (67% des fonds proviennent de la plateforme Internet). En s’inscrivant sur la plateforme, on devenait membre d’un réseau social qu’on pouvait ensuite contribuer à étendre. Rahaf Harfoush a ensuite passé en revue d’autres cas d’utilisation des réseaux sociaux dans le domaine politique, qu’il s’agisse de mouvements de protestation, d’efforts des gouvernements de rendre leur action transparentes.

Claudia Sommer nous a parlé d’un sujet d’actualité. Webmanager de Greenpeace Allemagne, elle a montré comme cette ONG utilisait les réseaux sociaux pour ses campagnes. Greenpeace utilise plusieurs réseaux sociaux, mais a aussi mis en place sa propre plateforme, Green Action, à partir de laquelle il est possible de lancer des campagnes.

Un autre regard

L’avantage d’événements comme les conférences Lift est de donner l’occasion de porter un autre regard sur le Web et les nouvelles technologies. Un nouvel angle de vision

Olivier Glassey et Christian Heller nous ont parlé de la vie privée. Voilà un concept que chacun pense connaître. Après ces exposés, on comprend que la notion de vie privée n’a pas toujours existé. Au Moyen-Âge et dans les sociétés rurales, elle était inexistante, car tout le monde se connaissait et s’épiait. La vie privée a émergé peu à peu, avec la naissance de l’individualisme. Elle va encore évoluer. Les réseaux sociaux induisent de nouvelles pratiques. Fait intéressant: il semble que dans Facebook, les gens ont tendance à faire un portrait d’eux plutôt réaliste.

Catherine Lottier, Virginia Mouseler, Mercedes Bunz ont évoqué l’avenir des médias traditionnels dans un monde de plus en plus imprégné par les technologies de l’information. Les deux premières ont montré, exemples à l’appui, que les contenus et la forme des médias traditionnels sont de plus en plus influencés par les les nouveaux médias. Ils utilisent leurs codes comme l’immersion, la simulation, … Mercedes Bunz nous a invité à réfléchir sur la place de plus en plus grandissante des algorithmes dans la production et la diffusion des contenus. Il existe même des systèmes informatiques permettant de générer des comptes-rendus de rencontres sportives. Cela remplacera-t-il vraiment le journalisme?

Toujours pour nous permettre de prendre une certaine distance, une pédicure est venue nous parler de son métier, un métier où les ordinateurs et les technologies de l’information ne jouent aucun rôle.

Parallèlement aux ateliers et aux sessions, Lift10 présente des créations de start up ou d’inventeurs. Dans le hall du Centre des congrès, il y a des tables où il est possible de voir des démonstrations. Deux chercheurs de New York University ont fait une démonstration d’un dispositif permettant de simuler la vision d’une fourmi. Un casque contient un petit écran et deux “gants de boxe” supportent les caméras. L’une des deux caméras a une vision microscopique. Les mêmes inventeurs ont créé un système analogue pour voir comme une girafe. Dans ce cas, la caméra est placé un peu au-dessus de la tête.

Vision de fourmi

Sur une autre table, on pouvait assister à une démonstration d’un objet qu’on peut définir ainsi: entre un lapin Nabaztag et un tamagochi. Il s’agit d’une petite créature de plastique appelée Deskfriend et qui rappelle vaguement un pingouin. Sa docking station est lié à l’ordinateur via un câble USB, mais la créature peut se déplacer librement sur le bureau. Il faut un compte Facebook pour la configurer. Ensuite elle peut lire des fils RSS, avertir de l’arrivée d’un email (côté lapin Nabaztag). Il faut cependant s’occuper d’elle en la nourrissant et en lui donnant des cadeaux (depuis Facebook). Dans le cas contraire, elle manifeste son mécontentement (mais heureusement elle n’en parle pas sur Facebook). Elle réagit aussi aux caresses.

Deskfriend

Toujours dans la perspective de modifier son angle de vue, une start up propose de créer une page ayant l’apparence d’un journal en ligne à partir d’un compte ou d’un hashtag Twitter. Le système lit tous les tweets, suit les liens, regarde les messages des personnes suivies et il compose la page Internet. Plutôt que d’avoir une homepage de news stardand, on obtient une offre spécialisée, adaptés à ses goûts ou thématique.

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La lecture, une activité sociale

Depuis ce matin, j’assiste à la Conférence Lift10 à Genève. La journée a commencé par des workshops. Je me suis inscrite à l’atelier animé par Frédéric Kaplan sur les nouveaux supports de lecture. Plusieurs groupes ont essayé d’imaginer des scénarios de lecture: comment certains contenus (magazine, manuel, guide de voyage, histoire pour enfants, etc … ) peuvent être lus sur différents supports (smartphones, tablettes, tableau interactif, etc … ) ?

Dans plusieurs des projets élaborés au cours de cet atelier, la lecture devenait non seulement interactive, mais elle supposait aussi des échanges avec d’autres personnes, proches ou distantes. Pendant longtemps la lecture a été considérée comme une activité solitaire, même si cela n’a pas toujours été le cas, comme en témoignent des exemples à travers l’histoire de lectures en public ou dans le cadre familiale. Les nouveaux supports invitent au partage des lectures, car ils sont connectés à Internet. La lecture (re)deviendrait-elle une activité sociale ?

Parmi les combinaisons contenus-supports plébiscitées par l’audience, on peut mentionner les guides de voyage sur des tableaux ou tablettes, les journaux sur tablettes et les magazines avec codes barres. L’avenir nous dira si elle a raison.