Voici venu le temps de la cyberarchéologie

Cette semaine, j’ai eu l’occasion de participer, à Delphes en Grèce, à un congrès consacré à l’archéologie virtuelle en relation avec les musées et le tourisme culturel, organisé par l’Université de l’Egée (VAMCT 2013). Ce congrès était consacré aux thèmes les plus variés : visualisation 3D en archéologie et dans le domaine du patrimoine, musées virtuels, communautés virtuelles, réalité augmentée, gamification, storytelling, technologies pour appareils portables, web 2.0, numérisation, exploitation des données, etc.

L’archéologie virtuelle n’est pas un terme nouveau, mais pendant longtemps ce concept a été confondu avec la visualisation de reconstitutions avec des moyens informatiques. De telles reconstitutions remontent aux premiers temps de la visualisation informatique et étaient disponibles sur CD-Rom, avant Internet. Cependant ce domaine s’est considérablement enrichi au fur et à mesure que les technologies progressaient.

Les technologies pour appareils portables permettent de développer des applications de réalité augmentée permettant au visiteur d’un site archéologique de faire apparaître sur son téléphone ou sur sa tablette un bâtiment tel qu’il se présentait dans le passé. Les différents senseurs de son appareil (GPS, gyroscope, webcam, …) permettent de préciser en temps réel sa position en temps réel et superposent la reconstitution sur les vestiges visibles.

Ce congrès a aussi montré que les reconstitutions en 3D vont au-delà de la simple représentation. Elles permettent de faire des simulations : il est par exemple possible de tester plusieurs hypothèses sur l’illumination intérieure d’un temple ou sur la disposition du décor sculpté. Ces reconstitutions deviennent des outils de recherche. De plus, des logiciels aussi simples et répandus que Sketch up permettent de les créer.

Olympia Temple

Olympia Temple

A. Patay-Horváth (Archaeological Institute of the Hungarian Academy of Sciences – Institute for Ancient History, University Eötvös Loránd, Budapest, Hungary), The Contribution of 3D Scanning and Virtual Modeling to the Reconstruction of the East Pediment of the Temple of Zeus at Olympia (PDF)

L’Université de Californie San Diego a proposé une session entière consacrée au concept de cyberarchéologie. Ce terme est un peu malheureux. Il rappelle celui de cybernétique, une des disciplines qui a concourut  au développement de l’informatique. Néanmoins il fait un peu vieillot. J’aurais personnellement opté pour celui d’archéologie assistée par ordinateur. L’idée de la cyberarchéologie reprend des idées déjà exprimées dans les années 70, lorsque Jean-Claude Gardin essayait de créer des systèmes-experts pour faciliter la recherche. A l’époque, les technologies informatiques étaient encore chères et lourdes. Ce rêve s’est enlisé et l’informatique a été utilisée au cas par cas en archéologie, et seulement dans quelques parties du processus allant de la fouille au musée. La cyberarchéologie telle que la voient les chercheurs américain assure un continuum entre l’enregistrement des données sur le terrain, leur exploitation en laboratoire et leur restitution face au grand public dans le musée. Mieux encore, ces technologies permettent une immersion dans le terrain numérisé et reconstitué. La fouille, qui est une destruction matérielle, est numériquement reproductible, permettant au chercheur de revenir à tout moment à l’un des moments de l’excavation. Bien entendu, cela suppose que les bons choix stratégiques aient été faits au départ. Mieux encore, cette immersion se fait au moyen d’avatars.

Il est encore trop tôt aujourd’hui pour dire comment cette approche novatrice se traduira dans les musées. Les curateurs devront être à même de comprendre les processus de fouilles et le contexte archéologique des objets pour exploiter ces nouvelles possibilités. Le visiteur pourra se plonger au coeur de la fouille et voir où se trouvait l’objet avant sa mise au jour. Il traversera les couches et découvrira les différents artefacts autour de lui. Peut-être même pourra-t-il reconstituer lui-même les puzzles 3D que constituent les objets cassés.

Emergence de l’idée d’une encyclopédie mondiale permanente

Depuis la fin du 19ème siècle, les connaissances avaient explosé dans le monde occidental. L’alphabétisation de la société, le développement de la recherche scientifique ainsi que des progrès techniques dans l’imprimerie ont généré une augmentation des publications sous les formes les plus diverses : livres, revues, journaux. Le besoin de classer ces informations et d’en faciliter l’accès se fit sentir. Dès les années 30, des réflexions sur un système universel des connaissances, une sorte de préfiguration du World Wide Web, ont commencé à émerger dans le milieu des spécialistes de la documentation. En voici deux exemples.

Paul Otlet (1868- 1944) est un visionnaire à la fois auteur, entrepreneur, juriste et activiste belge. Il crée en 1905, avec Henri Lafontaine, le système de « classification décimale universelle » (CDU) sur la base de la classification de Dewey, ainsi que le standard de 125 sur 75 mm imposé aux fiches bibliographiques, toujours en vigueur dans les bibliothèques du monde entier. Paul Otlet met en place de nombreuses initiatives, toujours dans le but de réunir le savoir universel. Il les regroupe dans le Palais Mondial-Mundaneum de Bruxelles. Le Mundaneum comportait seize salles didactiques, un répertoire bibliographique comprenant douze millions de fiches, un musée de la Presse avec 200 000 spécimens de journaux du monde entier. Il a été fermé en 1934 pour libérer de la place et les collections ont été déménagées à plusieurs reprises. Ces collections se trouvent actuellement à Mons, dans le nouveau Mundaneum. Paul Otlet publie en 1934 un ouvrage qui fait toujours autorité dans le domaine de la documentation : le “Traité de documentation”. Dans cet ouvrage qui fait toujours autorité aujourd’hui, il pose les bases de la documentation moderne. A la fin de l’ouvrage, il envisage la mise en place d’un réseau universel d’information et de documentation, constitué d’entités nationales et locales qui, si elles sont hiérarchiquement organisées, n’en sont pas moins invitées à collaborer entre elles[1]. Paul Otlet énumère également dans son traité ce qu’il considère comme les six étapes de la documentation. La sixième étape est celle de l’hyperdocumentation, correspondant au stade de l’hyperintelligence. Des documents correspondants aux divers sens (visuels, sonores, tactiles, etc.) sont enregistrés selon des technologies correspondantes et mêlés [2]. Enfin, déjà à cette époque, grâce à sa connaissance des progrès technologiques, Paul Otlet anticipe des possibilités de consulter des documents depuis chez soi :

« On peut imaginer le télescope électrique, permettant de lire de chez soi des livres exposés dans la salle teleg des grandes bibliothèques, aux pages demandées d’avance. Ce sera le livre téléphoté[3]»

Paul Otlet a posé les bases de la documentation moderne. Nombre de ses propositions sont encore utilisées aujourd’hui dans des bibliothèques du monde entier. Sa vision élargie de la documentation et sa connaissance des progrès techniques lui ont fait entrevoir ce qui constitue aujourd’hui Internet et notamment sa partie hypertextuelle, le WWW, non seulement dans ses aspects techniques, mais aussi organisationnel (réseau) et même philosophiques (hyperintelligence).

H. G. Wells (1866-1946) est un auteur britannique surtout connu pour ses romans de science fiction comme la Machine à explorer le temps (1895) ou la Guerre des mondes (1898). Il a aussi écrit des ouvrages de réflexions politiques et de vulgarisation scientifique. En 1937, il participe au Congrès Mondial de la Documentation Universelle[4]. En 1939, il publie dans l’Encyclopédie française[5] un texte intitulé « Rêverie sur un thème encyclopédique ». Dans ce texte, il relève que, malgré l’accroissement des connaissances, les encyclopédies sont toujours conçues comme celles du 18ème siècle. Cependant les technologies modernes comme la radio, la photo, les microfilms, permettent d’assembler une collection de faits et d’idées de manière plus complète, succincte et accessible. Il émet l’idée d’une encyclopédie permanente mondiale qui serait mis à jour par un grand nombre de personnes. Cette encyclopédie irait au-delà d’un simple répertoire. Elle serait également accessible partout:

And not simply an index; the direct reproduction of the thing itself can be summoned to any properly prepared spot[6].

H. G. Wells voit aussi dans cette encyclopédie le moyen de sauver la mémoire humaine : désormais son contenu serait copié et réparti, si bien qu’il serait préservé des destructions[7]. Enfin H. G. Wells considère qu’elle ne s’adresse pas seulement aux universitaires, mais également aux familles et aux grand public et qu’elle constituera un outil pour les enseignants. Il termine ce texte en soulignant qu’une telle initiative ouvrirait la voie à la paix du monde en réalisant l’unité des esprit

H. G. Wells, 1922
H. G. Wells en 1922

Paul Otlet participait lui aussi au Congrès Mondial de la Documentation Universelle. Nul doute que les idées des deux hommes sont très semblables. Pour eux, les nouvelles technologies ouvrent des perspectives nouvelles pour répondre au défi de l’augmentation des connaissances et pour les rendre facilement accessibles à chacun. L’organisation des connaissances doit être universelle, décentralisée et non limitée à un seul pays. Enfin tous deux voient un rapport entre cette mise à disposition des connaissances et l’avènement d’une ère nouvelle pour le monde où la paix règnerait grâce à un esprit humain unifié. Ils avaient entrevu les possibilités qu’Internet apporte aujourd’hui pour tous ceux qui souhaitent acquérir et mettre à disposition des connaissances. Le printemps arabe a aussi montré que l’accès facilité à des informations permet à des populations dans des régimes non démocratiques de prendre conscience de leur situation et de se soulever.

Bien avant qu’Internet ne connaisse un succès mondial, certaines personnes très en avance sur leur temps avaient exprimé les besoins auxquels le réseau mondial pourrait répondre.



[1] Otlet Paul, Traité de documentation, Bruxelles, Editions Mundaneum, 1934, p. 415 (point 424, 1) ; http://paul-otlet.mazag.net/wp-content/uploads/2012/06/otlet-4.pdf

[4] Paris 16-21 aout 1937

[5] Encyclopédie française. Tome 18, La civilisation écrite, dir. Par Julien Cain, Paris, 1939. Repris dans World Brain, 1938, sous le titre de “The Idea of a permanent World Encyclopedia”

[6] Brain World, p.121

[7] Id. p. 121

La visibilité de l’archéologie suisse sur le Web

Le projet HORIZONS 2015, soutenu par de nombreuses associations, groupes de travail et organisations d’archéologie, a pour ambition, au cours des années 2010-2015, de répondre aux défis posés à l’archéologie en Suisse : polémique sur la réduction du droit de recours des associations, augmentation des fouilles de sauvetage dû au boom de la construction, manque de temps pour l’élaboration des données acquises lors des fouilles d’urgence, insuffisance des structures nationales dans la mise en place de stratégies de recherche, de thèmes et de standards communs, coupes budgétaires, situation précaire de l’emploi pour de nombreux archéologues, réduction des effectifs des diverses associations, etc. Suite à un concours d’idées, plusieurs groupes de travail ont été mis en place, dont un groupe « Nouvelles  technologies et médias ». L’association HORIZONS 2015 a organisé une manifestation destinée à tracer un premier bilan des divers travers. Cette manifestation s’est tenue à Bâle le 18 janvier 2013.

http://www.horizont2015.ch

 Evaluation de la présence de l’archéologie suisse sur Internet

Le groupe de travail « Nouvelles  technologies et médias », dirigé par Robert Michel (@archeofacts), et dont je fais également partie, a pour mandat de réfléchir à l’utilisation des nouvelles technologies dans le domaine de l’archéologie suisse . Il a décidé de commencer ses travaux par un inventaire des ressources disponibles en ligne. Cet inventaire contient les sites Web des services cantonaux d’archéologie, des musées comportant une collection d’archéologie, des instituts universitaires d’archéologie, des organisations faîtières ainsi qu’un certain nombre de ressources en ligne liées à l’archéologie suisse.

Une fois l’inventaire établi, les différents sites ont été analysés selon une liste de critères : type de site (page d’information, site brochure, ressource), intégration dans un portail ou site indépendant, logique de la structure de navigation (thématique, organisationnelle, selon des tâches, géographique), présence d’actualités, de ressources en ligne (par ex. publications, rapports, …), de listes de liens vers d’autres sites, d’informations géo-localisées (par ex. carte archéologique), d’explications sur les méthodes de l’archéologie, d’informations concernant les procédures d’annonce de découverte ou les bases légales de l’archéologie.

Miroir de l’organisation de l’archéologie institutionnelle

Cette analyse des sites permet d’établir une première synthèse sur la présence de l’archéologie suisse sur Internet. Les informations disponibles sur le Web ne permettent pas de donner une image d’ensemble du thème en question. Elles constituent essentiellement un miroir de la manière dont l’archéologie est organisée, qu’il s’agisse d’archéologie préventive, de recherche académique ou de mise en valeur muséale. Le fédéralisme de la Suisse veut que l’archéologie préventive soit de la responsabilité des cantons. Il en va de même des universités. Quant aux musées, ils peuvent être intégrés dans une structure cantonale ou communale. Les sites d’organisations faîtières, sans doute pour respecter cette autonomie cantonale, se contentent de créer des liens vers les sites des diverses institutions. Il faut cependant être conscient que, pour une personne qui ne connaît pas le système suisse, la recherche d’information est quasi impossible. En effet, il faut savoir au préalable dans quel département de l’administration cantonale l’archéologie est intégrée ou dans quelle faculté d’une université elle est enseignée. Ainsi, presque tous les sites présentent des listes de publications et parfois les offrent en téléchargement en PDF. Ces publications sont éparpillées sur de nombreux sites. Une personne souhaitant s’informer sur le Néolithique suisse doit visiter donc tous les sites des services cantonaux d’archéologie. Il en va de même de la rubrique « Actualités » disponible dans la plupart des sites : il n’y aucun moyen de s’abonner à l’ensemble des actualités.

Plus grave encore, aucun des sites observés ne présente les principales périodes, cultures et objets représentatifs de l’archéologie de la Suisse dans une forme accessible au grand public et cela alors que les technologies de l’information permettent de mettre à disposition à peu de frais des informations sous des formes visuelles très attractives (frise chronologique, carte de géographie, galeries de photos par exemple).

Timeline MET

Timeline du MET (cliquer sur l’image pour agrandir)

Le matériel photographique de qualité est rare. Les différentes institutions rechignent à mettre à disposition des images d’objets qui appartiennent pourtant au domaine public et qui ont été trouvés, conservés et mis en valeur majoritairement grâce à des fonds publics.

Les informations géo-localisées sont rares et, d’une manière générale, l’information archéologique ne tire pas parti des technologies les plus récentes, comme les téléphones portables équipés d’un GPS ou la réalité augmentée. Il n’y a pas de traces non plus d’utilisation d’applications collaboratives (Web 2.0). A part dans certains musées, les médias sociaux sont très peu utilisés.

Méconnaissance de l’expérience de l’utilisateur

Si les spécialistes locaux de l’archéologie, qui savent comment elle est organisée, peuvent éventuellement se contenter de la situation actuelle, elle ne satisfait pas d’autres groupes d’utilisateurs, dont voici quelques exemples : chercheurs étrangers, grand public suisse et étranger, touristes potentiels, écoliers, gymnasiens et étudiants, journalistes, décideurs et bailleurs de fonds.

Si les institutions archéologiques elles-mêmes ne mettent pas à disposition une présentation synthétique et grand public de l’archéologie de la Suisse, la manière dont elles publient leurs données et l’absence d’une culture du partage de l’information constituent un véritable blocage qui empêche cette information d’être accessible via des plateformes extérieures très utilisées. Ainsi une recherche sur Google avec le terme « Archéologie de la Suisse » conduit directement vers les sites d’organisations faîtières qui ne contiennent justement aucune information thématique, se contentant de renvoyer vers les sites des institutions cantonales.

Recherche Google

Requête sur Google avec le terme “Archéologie de la Suisse” effectuée le 19.01.2013 (cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Pire encore, l’article « Archéologie suisse » dans Wikipédia, un des sites les plus consultés au monde, contient seulement une mention de la revue du même nom. Là non plus, aucune mention des principales périodes et cultures. Aussi bien sur Google que sur Wikipédia, on parvient à des résultats analogues avec des recherches en langue allemande.

Wikipédia "Archéologie suisse"

Page Wikipédia “Archéologie suisse” le 19.01.2013 (cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Des solutions ?

La présentation de ce premier bilan a provoqué une onde de choc lors de la rencontre de Bâle. En effet, chacun a pu prendre conscience qu’en dépit d’efforts louables, l’efficacité de la communication concernant l’archéologie de la Suisse à destination du grand public n’est guère efficace.

Pour remédier à cet état de fait, il faudrait effectuer une révolution culturelle. Il paraît en effet essentiel de sortir tout d’abord de la logique institutionnelle dans la communication à destination du grand public. Ensuite il faudrait adopter une attitude radicalement différente vis-à-vis des droits d’utilisation. Anecdote amusante : lors de la présentation de ces résultats, une personne dans le public a déclaré que lorsqu’il a demandé une photographie en version numérique à un musée, ce dernier lui a envoyé, en plus de la photo, une facture. Une représentante du musée en question s’est empressée de dire qu’il fallait prendre contact par téléphone pour avoir un rabais. Voilà qui rend la diffusion des informations singulièrement compliquée. Qu’on le veuille ou non, les découvertes archéologiques font partie du domaine public. Elles sont conservées, étudiées et mises en valeur grâce à des fonds publics. Il faut donc instaurer une culture du partage, en mettant à disposition des informations et des photographies sous des licences permettant leur réutilisation et utiliser les plateformes de partage de l’information les plus populaires comme Wikipédia ou Flickr. La nature et le format des informations pourraient aussi faire l’objet d’une réflexion : si la rigueur scientifique est de mise dans les publications à destination des archéologues professionnels, une approche journalistique et un accent mis sur des anecdotes illustrant le travail des archéologues et de ceux qui les entourent intéressera plus le grand public. Publier sur Internet ne suffit peut-être pas pour diffuser des informations. Les médias sociaux devraient être donc mieux exploités pour toucher un public plus vaste. Enfin il serait bon que les archéologues et notamment les étudiants en archéologie aient la possibilité d’acquérir des connaissances dans le domaine des nouvelles technologies.

Les solutions permettant de mettre en valeur l’archéologie de la Suisse sur Internet existent. Elles vont de l’amélioration des informations sur Wikipédia à la création d’un portail d’actualités de l’archéologie suisse en passant par la réalisation d’applications pour téléphones mobiles intelligents. Certaines n’entraînent aucun frais alors que d’autres supposent des ressources et un ancrage institutionnel. L’établissement d’un catalogue de solutions et de mesures est le but que ce groupe de travail  « Nouvelles  technologies et médias » doit maintenant poursuivre d’ici à 2015.

Lire encore à ce sujet une note sur le blog Archéo Facts tenu par Robert Michel.

Slides de la présentation

Fly me to me moon

Au moment où le monde entier s’extasie de voir un petit robot, Curiosity, explorer les cailloux martiens à coup de rayons laser, Neil Armstrong, le premier humain à avoir foulé le sol lunaire, à avoir marché sur un autre corps céleste que la Terre, meurt à l’âge 82 ans. La coïncidence de ces deux événements peut nous inciter à réfléchir au sens de la recherche spatiale pour l’humanité. Neil Armstrong a acquis une stature héroïque qui le met au niveau d’un Christophe Colomb. Oubliés les milliers d’ingénieurs qui ont oeuvré à la construction de fusées pour permettre son exploit. C’est lui et lui seul dont le nom restera inscrit dans les livres d’histoire. On aurait cependant tort de minimiser son exploit. Quand on voit, avec le recul, ce qu’était une fusée Saturne ou bien quand on repense à la structure du LEM, le véhicule qui alunissait et dont la partie supérieure permettait de repartir, on mesure le courage qu’il fallait pour s’embarquer dans cette aventure. Alors que nous envoyons des robots explorer les planètes du système solaire, les hommes qui sont partis à la conquête de l’espace et de la lune avaient tous une carrure d’exception. A la fois pilotes d’essai, pilotes militaires et ingénieurs, ils avaient des curriculum à faire pâlir. Pour se rendre compte de leur état d’esprit, il faut voir le film “L’étoffe des héros”. Ils voulaient voler plus vite, plus haut, plus loin, et cela dans le contexte de la guerre froide et d’une folle émulation entre Américains et Russes. L’honneur de poser le pied sur la lune aurait pu échoir à n’importe lequel de ces hommes, mais ce fut Neil Armstrong. Il semble qu’il fut choisi parce qu’au moment du vol d’Apollo XI, Armstrong était un civil. Or les Américains avaient proclamé, sur une plaque fixée sur la base du LEM, et qui se trouve toujours sur la Lune, qu’ils venaient en paix au nom de l’humanité. Au-delà de la stature de héros, qu’il n’a jamais endossé complètement, Neil Armstrong était un homme humble. Il a toujours pensé qu’il n’avait qu’accompli son devoir et il ne cherchait pas à en retirer une gloire personnelle. La mort de Neil Armstrong, c’est peut-être aussi la mort d’une certaine conception de l’aventure humaine. Nous avons atteint un tel stade d’individualisme que bien peu de gens arrivent encore à s’identifier à un projet qui les dépassent et qui ne se réalisera peut-être pas de leur vivant ou bien à un projet nécessitant un haut taux d’abnégation et une grande part de risque. Comme les astronautes des années 60, les marins de l’époque des grandes découvertes avaient cet esprit aventureux. L’homme a sans cesse repoussé les limites de son univers, mais maintenant il cherche à le faire de manière virtuelle, par le biais de simulations ou en utilisant des robots.

Neil Armstrong

C’est certainement pour cela que la mort de Neil Armstrong m’a attristée. Les images de cet homme engoncé dans son scaphandre spatiale, sautillant sur la surface désolée de la lune en ramassant des cailloux m’ont fait rêver durant mon enfance. Mais la réalisation des rêves que la conquête de la Lune a suscités, comme le voyage vers Mars, est bien lointaine. J’ai appris la mort de l’astronaute sur Twitter, au moment où j’assistais à un concert dans Second Life (que de virtualités). J’ai demandé à la chanteuse d’interpréter la chanson de Frank Sinitra “Fly me to the Moon” en souvenir de lui, ce qu’elle a accepté de faire. Et hier, en allant assister à un spectacle sous la forme d’un banquet antique sous les étoiles, j’ai fait un clin d’oeil à la lune, comme l’a demandé la famille de l’astronaute à ceux qui souhaitait honorer sa mémoire.

Ne manquez pas l’éclipse de lune

On ne réjouissait de pouvoir observer une éclipse totale de lune, d’admirer une lune rousse dans le ciel noir. Le ciel nocturne est voilé. Manque de bol! Grâce à Internet, il est possible de voir tout de même notre satellite coloré de rouge. Un site permet de visualiser les images prises par des télescopes répartis dans le monde.

Eclipse de lune sur Slooh

Slooh est une société qui permet aux astronomes amateurs d’utiliser à distance des télescopes (source).

http://eclipse.slooh.com/ (http://www.slooh.com/)

Par ailleurs, Google a publié sur sa page une animation montrant le phénomène de l’éclipse.

Eclipse sur Google

La chimie amusante

La chimie est l’une des disciplines les plus rébarbatives des sciences naturelles. Néanmoins tout le monde se rappelle de Gaston Lagaffe et de sa chimie amusante dont les résultats étaient aléatoires.

La chimie amusante de Gaston Lagaffe

Quand la chimie est illustrée par une équipe de scientifiques, elle-même animée par un journaliste et vidéaste, elle devient intéressante. Les chimistes de l’Université de Nottingham ont tout d’abord illustré tous les éléments de la table de Mendeleev et ils sont en train d’améliorer ces premiers films. Le principal présentateur, par ailleurs réel professeur de chimie à l’Université, a des allures de savants fous, mais les informations livrées sont rigoureusement exactes.

The Periodic Table of Video

Ces chimistes en ont réalisé d’autres films liés à des questions fondamentales ou d’actualité. Ils ont par exemple consacré une vidéo à la marée noire du Golfe du Mexique, où il est expliqué que les plumes des oiseaux attirent le pétrole brute dès qu’elles entrent en contact avec elles. Cela explique pourquoi les oiseaux sont à ce point atteints. Pour la Saint Valentin, cette équipe de chimistes a même concocté un nouveau parfum, à base de vodka et de vanilline.

Une belle manière de raccrocher avec cette discipline un peu rébarbative.

http://www.periodicvideos.com/

http://www.youtube.com/periodicvideos

Le langage de la nature

Pendant longtemps, on a cherché à percer le langage de la nature. Les plantes et les animaux avaient-ils quelque chose à nous dire? Peut-être. Mais comment interagir avec eux et comment comprendre ce qu’ils disent? Dernièrement, des scientifiques ont découvert qu’une espèce de singe possédait un langage avec une syntaxe élaborée: le mone de Campbell, de la famille des cercopithèques. Le mâle possède six cris (Boom, Krak, Hok, Hok-oo, Krak-oo, Wak-oo) avec lesquels il forme de longues séquences vocales de 25 cris successifs en moyenne. L’observation a montré que ces séquences correspondaient à divers événements ou dangers, comme la chute d’un arbre ou la présence d’un léopard.

Mone de Campbell

De la syntaxe chez nos cousins primates (CNRS)

Mais il ne sera peut-être pas nécessaire d’apprendre le dialecte du mone de Campbell pour parler avec nos amis les bêtes. Mattel, créateur de la poupée Barbie, est en train de mettre au point un collier pour chien qui détectera ses bruits et mouvements. Le collier transmettra ces données à l’ordinateur via une clé USB et un logiciel les traduira sous forme de messages dans Twitter. Ainsi on pourra savoir ce que fait son chien à la maison.

Mais le progrès ne s’arrête pas en si bon chemin. Depuis quelques années, il est possible de connecter une plante à Twitter afin qu’elle se manifeste quand on a oublié de l’arroser. Il suffit pour cela d’installer un petite capteur dans le pot. Attention! il s’agit d’un kit à monter soi-même.

http://twitter.com/pothos

http://www.botanicalls.com/kits/

Ericsson a mis au point un un arbre connecté (Connected Tree) qui est pourvu de capteurs analysant ce qui se passe autour de lui. Les informations des capteurs sont ensuite envoyées sur Twitter ou sur un téléphone par sms.

J’ignore ce que signifie Krak Boom Hok dans le langage des mones de Campbell (contrairement à celui de Jacques Dutronc), mais je sais que cette expression a été conçue dans le cerveau de l’animal suite à une observation (un léopard rôde dans le coin) et dans un but (charitable) d’avertir ses congénères d’un danger. En revanche le toutou qui aura reçu un joli collier Puppy Tweets ou l’arbre connecté d’Ericsson n’ont pas l’intention de communiquer et ne sont même pas conscient de le faire. De plus, le message est produit par un algorithme qui définit le sens de chaque mouvement ou bruit. Comme on le sait, les algorithmes ne poussent pas dans la nature, mais sont créés par des humains. Le sens donné à tel son est donc totalement arbitraire.

Avec de telles applications, on ne crée pas une communication entre des animaux ou des plantes d’un côté et des hommes. En revanche, on commence à intégrer les éléments du vivant dans l’hypermonde en traduisant certains comportements de manière arbitraire dans notre propre langage. Depuis que les animaux ont comme tâche principale de nous tenir compagnie (et de combler des vides affectifs), nous avons tendance à leur prêter des caractéristiques humaines. “Il ne lui manque que la parole!” entend-t-on souvent à propos d’un chien. Recevoir des soi-disant messages de leur part ne fera qu’accroître cette tendance. De plus, au travail ou en route, on sera bombardé de messages provenant de son chien ou de sa plante d’appartement. Est-ce cela sera rassurant ou au contraire angoissant? On en viendra à se précipiter à la maison pour constater que les batteries du collier sont à plat …

Au fait, peut-on prendre des cours du langage du mone de Campbell?

Exposer des idées, questionner les savoirs

Il y a un peu plus d’un an se sont tenues à Neuchâtel les Assises du Réseau romand Science et Cité. Le thème de l’édition 2009 était consacré à la communication scientifique aujourd’hui: “Exposer des idées, questionner les savoirs”. Un atelier a été consacré à la place des nouvelles technologies dans les musées. Nous y avions consacré une note.

Les actes de ces assises viennent de paraître aux éditions Alphil (Presses universitaires suisses). Les deux articles issus de cet atelier et consacrés au musée virtuel figurent dans cet ouvrage:

  • Nathalie Duplain Michel, Vers une muséographie virtuelle en ligne ?
  • Olivier Glassey, Les musées virtuels et l’expérimentation « folksonomique » : entre savoir expert et savoirs ordinaires.

Ces deux textes s’intéressent aux conséquences de l’utilisation des technologies collaboratives dans le domaine muséal. Le premier essaie d’entrevoir ce que pourrait être une muséographie propre à Internet. Le second s’intéresse à l’application du “crowdsourcing” à travers la folksonomy (indexation sociale).

A signaler aussi l’article de François Mairesse: “O Muséographie aigre château des aigles”. L’auteur y évoque les diverses directions de la muséographie au cours des dernières décennies. Il consacre un paragraphe à la muséographie virtuelle, non pas au sens de cybermuséographie, mais de potentialité pouvant déboucher sur plusieurs actualisations. Dans ce contexte, le terme virtuel correspond à la définition de Pierre Lévy, dont nous nous réclamons aussi.

Couverture

Editions Alphil

Assises du Réseau romand Science et Cité

Des robots et des hommes

Le théâtre Barnabé, à Servion, présente un spectacle sans paroles, mais en musique, avec sur scène deux comédiens et trois robots. Au-delà de la performance technologique assurée par des hautes écoles suisses et un spécialiste des automates, il y avait une grande poésie dans ce spectacle. Un savant fou vivait entouré de ses robots et il avait conçu des machines pour chacun de ses gestes quotidiens. Mais un grain de sable va s’immiscer dans sa vie bien réglée quand une femme frappe à sa porte. Malheureusement, entouré de machines, notre homme ne sait plus comment se comporter avec de vrais humains. Tout dérape …

Robots

Jean Baudrillard disait de la réalité virtuelle “qu’elle est parfaite, contrôlable et non contradictoire.” Tel serait un monde de machines programmées. L’homme peut-il se faire à un tel monde? Est-il possible de vivre dans un monde sans surprise? Ou bien préfère-t-on réduire radicalement l’incertitude inhérente à la vie? Ces questions sont importantes à l’heure où de plus en plus d’activités de notre existence sont confiées à des machines et à autant d’algorithmes. Les guichets sont peu à peu remplacés par des automates et des applications en ligne dont la logique n’est pas toujours évidente à comprendre. Même les activités sociales se font de plus en plus par le truchement des réseaux sociaux. Peu à peu, des machines “intelligentes” entrent dans notre existence. Parfois ils s’y immiscent sous la forme de jouets, comme les nombreux robots programmables pour les enfants ou bien le lapin qui lit des histoires aux enfants.

Théâtre Barnabé

Structuration de données collaborative

Dans une encyclopédie, les connaissances sont présentées sous forme d’articles reliés entre eux par des liens ou des mots-clés. Il ne s’agit pas de données structurées. Les encyclopédies se prêtent donc bien à une transposition sur Internet sous forme de wiki, c’est-à-dire un système d’hypertexte collaboratif.

Depuis peu, les données structurées sont aussi devenues compatibles avec le Web 2.0. Il s’agit de données organisées selon un système hiérarchique et avec, pour chaque donnée, des informations obéissant à une certaine structure, des banques de données en somme. Il est désormais possible de publier des données et de participer à leur structuration sur le site Freebase.

Freebase: liste des gratte-ciel

http://www.freebase.com/

Sur ce site, il est possible (pour peu que l’on ait ouvert un compte gratuit) de:

  • ajouter des données à des séries déjà existantes. Le système compte actuellement plus de 20’000 livres, 38’000 films, 5000 bâtiments, 1000 vins et 60 fromages (là il y a encore un grand effort à faire).
  • discuter de questions concernant la structuration des données. Parmi les discussions en cours, on peut en relever une consacrée aux types de musées.
  • structurer les données

Freebase est aussi un système ouvert vers l’extérieur. Il est possible d’en réutiliser les données dans des applications, des sites web, des widgets. Parmi les réussites, on peut noter certaines réalisations:

  • Archiportal : Les bâtiments listés et décrits dans Freebase sont représentés sur une carte (Google Map)
    Archiportal: Rome
    Bâtiments de la ville de Rome présents dans Freebase
  • History of sciences : une frise chronologique présentant les savants qui ont joué un rôle important dans le développement de la science, d’Anaximandre à nos jours. Un lien permet de retourner sur la notice complète dans Freebase.

Ces deux exemples montrent bien que l’un des enjeux du Web actuel est l’interopérabilité entre systèmes. Cela permet de créer des visualisations performantes des données, sur une échelle de temps ou une carte de géographique. Chacun trouve son rôle dans un prochain: ajouter des données, programmer des interfaces, etc …

Cette étape de la structuration des données me semble essentiel. Des quantités incroyables de données ont été numérisées et mises à disposition sur Internet. Il faut maintenant s’occuper de leur gestion. Freebase se nourrit de Wikipédia, car il reprend de nombreuses descriptions, mais il offre une dimension supplémentaire: une hiérarchie , un classement des données.