Créativité mobile

La conférence Lift nous propose une session consacrée à la créativité que peuvent susciter les appareils mobiles. Selon Geoffrey Dorne, designer, les technologies mobiles changent de nombreux usages et sont porteuses d’innovation. Le principe est maintenant un usage, une app. En tant que designer, il faut être à l’écoute des signaux faibles.
Il y a un retour au côté sensible, émotionnel dans les apps, notamment avec la fonction tactile. On a envie de toucher la musique.
Il y a un retour à la matérialité: l’imitation du réel dans le virtuel n’est plus intéressante (skeuomorphisme). On sort du téléphone et on envoie une carte postale réelle. L’ipad devient le plateau du jeu, mais on utilise des vrais pions.
Demain le téléphone va se dématérialiser, se cacher sous le plateau de jeu ou dans un autre dispositif. Il ne sera plus qu’une machine à capter.
Il y aura plus de proximité entre l’objet et l’intime.  Les usages et les apps sont à prendre comme des signes d’évolution sociale, d’où l’importance de rester à l’écoute des signaux faibles.
Christopher Kirkley observe la création culturelle en Afrique de l’ouest. Les téléphones portables y sont utilisés différemment. Ils permettent de créer des images et des vidéos que les gens partagent ensuite d’appareil à appareil. Elles circulent dans un réseau de gens qui se connaissent et qui se déplacent. La musique constitue l’un des contenus les plus importants.  Elle est créée dans des studios de fortune et circule sur les téléphones. C’est un phénomène essentiel pour la diffusion de la culture des minorités.  De plus en plus de téléphones sont connectés à Internet en Afrique.  Cela permettra de décloisonner la création culturelle. 

Virtual Broad Art Museum

Eli et Edythe Broad consacrent une partie de leur immense fortune à des projets liés à l’éducation, la science et les arts. Grâce à un don de 26 millions de dollars, l’Université d’Etat du Michigan se verra doté d’un musée consacré à l’art. Ce musée présentera des collections allant de l’Antiquité à l’art contemporain. Le bâtiment présentant des surfaces d’exposition de plus de 18’000 m2 a été dessinée par l’architecte Zaha Hadid. Dans l’attente de l’ouverture du musée, prévue en automne 2012, le Eli and Edythe Broad Art Museum vient de lancer son pendant virtuel.

Créé par des artistes de renommée internationale, John Fillwalk et Adam Brown, l’espace virtuel reflète l’architecture du musée réel, conçue par Zaha Hadid, et fournit un lieu novateur et accessible de partout pour la présentation  d’œuvres numériques interactives. Quatre œuvres originales ont été créées par John Fillwalk pour le lancement du projet.

Virtual Broad Art Museum - Flickr Gettr

Parmi celles-ci, on peut mentionner Flickr Gettr qui connecte la plateforme de partage d’images Flickr à l’environnement virtuel du musée. Le visiteur entre un mot dans un champ de recherche et les images liées à ce terme apparaissent. L’application génère aussi un nuage de mots associés, ce qui permet de varier les images.

Virtual Broad Art Museum - con|FLUENCE

Les visiteurs de l’exposition con|FLUENCE créent des chemins basés sur les réactions à l’environnement tant social que spatial. Pour l’instant, le musée semble un peu vide. Des oeuvres d’autres artistes seront progressivement intégrées dans l’espace virtuel.

Pour visiter le musée, il n’est pas nécessaire de créer un compte. Après être entrés dans le musée virtuel, les visiteurs sélectionnent un avatar pour se déplacer à travers l’espace grâce au clavier ou à la souris. L’avatar est réduit à sa plus simple expression, plutôt forme que personnage. Les visiteurs ont la possibilité d’interagir avec d’autres utilisateurs grâce à une fonction de chat. Il est aussi possible de tenir des conférences virtuelles et des spectacles avec un maximum de 100 visiteurs.

Le musée a été créé avec le logiciel Unity 3D qui nécessite l’installation d’un plug in. Les visiteurs du musée virtuel peuvent l’explorer en utilisant leur navigateur Web.

http://broadmuseum.msu.edu/VBAM/

Téléguide

Le Museum Aan de Stroom à Anvers (MAS) regroupe les collections d’anciens musées, notamment de l’Etnografisch Museum, du Nationaal Scheepvaartmuseum et du Volkskundemuseum ainsi qu’une partie de la collection du Museum Vleeshuis et la collection Paul & Dora Janssen-Arts. La collection compte plus de 470 000 objets et continue de s’étoffer. Il a ouvert le 17 mai 201. Son bâtiment,  œuvre des architectes Neutelings et Riedijk, a été conçu comme un gigantesque entrepôt, où les étages s’empilent comme des conteneurs ou des “boîtes”.
Ce musée offre jusqu’au 7 juin 2011 une étonnante manière de le visiter. Il suffit d’aller sur son site Internet et de choisir un des guides. Une fois la connexion établie, le guide promènera une caméra vidéo pendant trois minutes dans le musée. Il est possible de le guider grâce aux curseurs du clavier. A la fin, on peut témoigner de sa visite sur Twitter.

MAS

MAS

MAS

Pour être franche, je trouve que la qualité de ces visites laisse un peu à désirer. Tout d’abord, une visite limitée à trois minutes, c’est bref pour un musée. Ensuite, la qualité de l’image est très moyenne. De plus, le temps de réponse rend la visite peu fluide. Enfin, on n’accède à aucun information sur les œuvres vues. Le terme qui s’impose ici serait celui de téléguide, guide à distance. Je ne sais pas trop à quoi peu servir cette action, si ce n’est à créer un peu de buzz.

http://livetour.mas.be/fr/

http://www.mas.be/MAS-FR/Publicatiekanalen/Stad/Musea/Musea-MAS/MAS-FR/Startpagina-MAS-FR.html

Narcisse

Tout le monde connaît l’histoire de Narcisse. A sa naissance, le devin Tirésias avait prédit qu’il aurait une longue vieillesse s’il ne se connaissait pas. En grandissant, il se révèle être, d’une grande beauté mais orgueilleux : il repousse de nombreuses prétendantes, dont la nymphe Écho. Cette dernière lui lance une malédiction : un jour qu’il s’abreuve à une source, il voit son reflet dans l’eau et en tombe amoureux. Il reste alors de longs jours à se contempler et à désespérer de ne jamais pouvoir rattraper sa propre image. Il finit par dépérir puis mourir d’une passion qu’il ne peut assouvir. En psychologie, le mythe de Narcisse symbolise ceux qui sont imbus de leur propre image.

Narcisse par le Caravage

Les réseaux sociaux entretiennent certainement le narcissisme puisque toute l’information s’organise autour de sa propre personnalité. Intel vient de développer une application intéressante à ce propos: The Museum of Me. Cette application, sur laquelle il suffit de se connecter avec son compte Facebook, génère une exposition virtuelle dont le sujet est soi-même. On se met à parcourir des salles pour admirer sur les murs les portraits de ses amis, ses propres albums de photos, les liens et les vidéos partagées, les mots utilisés le plus souvent.

Museum of Me

Museum of Me

Museum of Me

La première partie de l’exposition est donc centrée sur l’individu. On pénètre ensuite dans une salle où des robots manipulent des photos des profils d’amis pour recomposer, à la manière d’un puzzle, la photo de notre propre profil.

Museum of Me

Museum of Me

Finalement, en prenant de la distance, on voit apparaître peu à peu le graphe social, c’est-à-dire le réseau des amis de nos amis de nos amis. Ce graphe montre que chaque individu est lié à tous les autres et qu’il faut quelques relais (environ 6) pour atteindre une autre personne qu’on ne connaît pas personnellement.

Museum of Me

Tous les Narcisse contemporains ne meurent pas à force de contempler leur propre image. Les réseaux sociaux ne font pas que flatter notre égo, même si cet aspect est indiscutable. Ils nous relient au reste des gens connectés. Par les images, les vidéos, les liens, les commentaires que nous partageons, nous pouvons même entrer en contact avec des personnes qui ont les mêmes intérêts que nous. Les réseaux sociaux ne sont pas forcément néfastes, pour peu qu’on les emploie avec prudence.

Cette application est intéressante à plus d’un titre. Elle peut permettre à chacun de réfléchir à sa présence dans les réseaux sociaux. Elle utilise aussi la forme du musée virtuel que l’on retrouve de plus en plus souvent sur Internet. Des marques, par exemple, créent de tels musées pour présenter leur histoire et leurs différents modèles, dans un but marketing (qui n’est pas tout à fait absent ici). Le musée virtuel peut traiter de tous les sujets et non pas seulement ceux qui sont habituellement présents dans les musées réels. Sur Internet, il tend à devenir une forme, un genre. La muséographie retenue est assez habile. La visite commence comme une visite dans un musée réel, en passant d’une salle à l’autre avec d’autres visiteurs. Ensuite il y a comme une prise de distance, un éloignement à travers l’espace du graphe social. Le tout est accompagné d’une musique qui donne à l’ensemble une certaine poésie. Seul regret, l’exportation sur Facebook se fait sous la forme d’un album de photos et non pas d’une vidéo.

http://www.intel.com/museumofme

Salle Rubens en 3D

Le Musée des Beaux-Arts d’Anvers offre, sur son site Internet, une visite virtuelle d’une salle consacrée au peintre Rubens. Le visiteur peut déplacer son regard dans la salle, regarder les tableaux et en obtenir une description en cliquant dessus.

Salle Rubens en 3D

http://www.kmska.be/fr/collectie/albums/Rubenszaal_3D.html

On trouve sur YouTube une démonstration de cette salle:

Salle Rubens en 3D

Pour visualiser cette visite virtuelle, le visiteur doit télécharger un plug-in appelé Unity. Unity est également le logiciel qui a servi à créer la visite virtuelle. Il s’agit d’un logiciel servant à créer des jeux aussi bien pour les ordinateurs que pour les iPhone et les iPad. Le but de ses créateurs est de démocratiser la création de jeux en 3D. Actuellement le nombre de développeurs utilisant Unity est de 500’000. Il existe une version gratuite de ce produit et une version payante.

Unity

http://unity3d.com/

Musées virtuels prêts à l’emploi

Les musées virtuels en 3 dimensions accessibles en ligne sont à nouveau d’actualité. Deux produits au moins sont disponibles. Ils permettent de créer des espaces d’exposition en ligne. Il y a tout d’abord un produit allemand: Kunstmatrix. Il offre trois types de compte. Un compte “Basic” permet de choisir une seule salle entre plusieurs modèles, correspondant à 400 m². On peut y mettre jusqu’à 35 tableaux et 3 sculptures. Il est aussi possible de conserver jusqu’à 200 oeuvres d’art. Une page de profil donne les informations essentielles sur l’exposition et l’artiste (ou le curateur). Enfin la galerie virtuelle s’intègre facilement dans un site Web. L’activation du service coûte 300 € auxquels il faut ajouter 25 € par mois pour la maintenance. C’est une offre idéale pour un artiste qui veut se présenter en ligne. Le compte “Professional” donne plus de possibilités: plus de salles disponibles, modularité de l’espace, gestion des collections et des expositions, présentation des expositions à venir, informations sur les artistes et les oeuvres, conservation de 2000 oeuvres d’art.  L’activation du service coûte également 300 € auxquels il faut ajouter 25 € par mois pour chaque salle. A partir de 3 salles, il est possible d’avoir une réduction. C’est une solution idéale pour présenter une collection de petite ou moyenne taille ou pour présenter plusieurs expositions en même temps. Avec le service “Premium”, il est possible d’avoir son propre bâtiment et des services individualisés ainsi qu’un nombre illimité d’oeuvres. Les prix sont sur demande. Sur le site de Kunstmatrix, il est possible d’accéder à des expositions déjà en ligne. Il est nécessaire d’avoir Flash pour les visiter. Ce n’est donc pas compatible avec les iPads.

Kunstmatrix

http://www.kunstmatrix.com/

Artsteps est une application assez semblable. Elle est aussi basée sur Flash. Elle a deux types de compte “Basic” et “Premium”. Tous deux sont gratuits actuellement (pour les 10’000 premiers inscrits). Le compte Basic ne permet d’avoir qu’une exposition permanente, alors que le compte “Premium” autorise la création d’expositions temporaires pour lesquelles il faut payer. Artsteps a créé sa propre monnaie (credit) dont on peut acquérir des espèces en payant avec Paypal. Cette monnaie permet ensuite de payer la location des salles, soit 2500 credits par mois. Il faut 10 € pour acquérir 5000 credits. Artsteps présente deux avantages: il offre la possibilité de publier gratuitement une salle d’exposition. De plus, il est possible de créer son musée virtuel directement en ligne. Nous avons testé Artsteps en archivant une des expositions présentées au Monastère dans Second Life:

http://arria.artsteps.com/pages/viewexhibition.aspx?exhibition=378

L’application est un peu lente parfois, mais ses fonctionnalités sont simples et intuitives. Le téléchargement des images et leur indexation sont simples. En ce qui concerne les objets exposés, on peut choisir différents types de cadre. La navigation est relativement aisée, même si les espaces sont parfois étroits.

Artsteps

http://www.artsteps.com/

Les deux applications permettent aussi d’exposer des objets en 3D. Malgré l’avantage de la navigation via un navigateur Internet et donc sans la nécessité de télécharger un logiciel supplémentaire, ces deux applications génèrent des expositions très standardisées. A mes yeux, Second Life ou Open Sim restent des alternatives intéressantes: on peut y construire soi-même son bâtiment avec beaucoup plus de possibilités, disposer les salles à sa guise, intégrer des textures. Les objets peuvent être animés. Second Life ou Open Sim sont aussi des réseaux sociaux qui permettent de rencontrer d’autres visiteurs, de discuter avec eux et, surtout, de travailler à des expositions à plusieurs directement en ligne. Et tout cela, pour un prix comparable en ce qui concerne Second Life (en tant que locataire) et même moindre en ce qui concerne Open sim où on peut obtenir un sim complet pour 20 à 40 US$, sans frais de mise en service.

Exhibition Famous Lovers in Second Life

http://slurl.com/secondlife/Monastery/172/108/99

Expo nomade

Le terme “exposition virtuelle” peut recouvrir bien des choses. La Fondation Pro Helvetia, dont le but est de promouvoir la création artistique suisse à l’extérieur du pays, a trouvé un moyen intéressant de virtualiser une série d’expositions. Ces expositions sont en principe installées dans des lieux réels (non sur un serveur Web) et visitées par des visiteurs tout aussi réels (qui ne viennent pas sous forme de numéro IP). Alors! quoi de virtuel? Le mode de distribution tout simplement. Ces expositions sont avant tout des produits numériques. Elles sont disponibles sur un site Internet et sur un CD-Rom (pour la version haute résolution), prêtes à être imprimées et fixées sur des panneaux, en n’importe quel lieu de la Terre.

http://www3.pro-helvetia.ch/expo/list_exp.html

Parmi les expositions disponibles, l’une a été présentée lors du Festival international du film fantastique de Neuchâtel (NIFFF), dans le cadre de son symposium “Imaging the Future”. Elle présente les artistes suisses engagés dans des réalisations hollywoodiennes.

Affiche Swiss Designers in Hollywood

http://www.imagingthefuture.ch/2008/home.html

Entre nous, la présentation de ces expositions sur le site de Pro Helvetia n’est guère optimale. Il n’y a pas de système de navigation constant (il faut user du bouton “Back”). La mise en page n’est pas vraiment attractive. Mais il s’agit incontestablement d’un système original permettant de faire voyager des expositions autour du monde, sans camions ni polices d’assurance. Un exemple à suivre…

Journée internationale des musées dans Second Life

Chaque 18 mai, sous l’égide de l’ICOM (International Council of Museums), se déroule la Journée internationale des musées. Le comité de l’ICOM choisit un thème différent d’une année à l’autre. Le musée comme agent de changement social et de développement est le thème de cette année.

Il s’agit d’un événement important: l’an dernier, plus de 20000 musées dans 70 pays y ont participé. Mais cette année, le monde virtuel fera partie de la fête. En effet, pour la première fois, un musée de Second Life accueillera officiellement des activités de la Journée internationale des musées. Il s’agit du Tech Museum of Innovation, rattaché à un musée du même nom sis dans la Silicon Valley. Ce musée de Second Life ses portes non seulement aux visiteurs, mais à ceux qui souhaitent créer des expositions. Les conditions de participation sont explicitées sur le site Web.

Le Tech Museum of Innovation de Second Life est certainement un lieu à ne pas manquer. Son bâtiment est inspiré de celui qui est se trouve dans la Silicon Valley.

Tech Museum of Innovation - bâtiment

Tech Museum of Innovation - plan

Son exposition est très interactive. Elle permet à chacun de faire des expériences en rapport avec l’art. Dans le domaine des arts visuels, on peut créer une image sur un tableau interactif, en changeant la couleur des différents carrés du tableau. Le musée a aussi simulé une machine à perspective, comme celle qui a été décrite par Albrecht Dürer.

Tech Museum of Innovation - machine à perspective de Dürer

Le mouvement physique n’est pas oublié, grâce aux sculptures dansantes: en touchant une sculpture, on se met à danser avec elle. Un trampoline permet à votre avatar de “s’envoyer en l’air”. Dans le domaine plus scientifique, on peut découvrir les différentes planètes du système solaire. Le Tech Museum of Innovation a aussi un auditoire et un bac à sable permettant aux résidents de Second Life de s’initier aux joies de la construction. Ce musée est de qualité et, comme son nom l’indique, innovatif. Les expériences sont bien choisies, bien pensées et bien réalisées.

Le site Internet du musée est aussi riche, puisqu’il offre, en plus des informations pratiques, quelques expositions virtuelles en ligne. De plus en plus, les musées ne pourront plus rester sur leur carré de terrain. Ils seront amenés à se déployer dans divers mondes virtuels: Internet, les réseaux sociaux, les univers 3D et peut-être même les téléphones mobiles.

http://icom.museum/release.social.change.html

Site du musée: http://www.thetech.org/

Page du musée de Second Life: http://www.thetech.org/techvirtual/

SLURL: http://slurl.com/secondlife/The%20Tech/197/159/38

Pour comprendre l’art

Pour comprendre des oeuvres d’art, il est essentiel d’être capable de les décoder. Le MOMA (Museum of Modern Art de New Yor) offre désormais un site permettant aux adolescents de mieux comprendre la démarche artistique. Ce site, intitulé Red Studio, comporte des explications sur des sujets susceptibles de les intéresser, comme la créations d’images de synthèse avec un interview d’un collaborateur du studio Pixar. Il donne aussi la possibilité de comprendre ce que fait un artiste en le faisant soi-même. On peut donc réaliser des collages, des images aux rayons X à partir d’objets. Une petite application génère des poèmes dadaïstes avec des articles de journaux.

Ce site est attractif, mais dans un certain sens, il ne va pas assez loin. Tout d’abord les applications offertes manquent d’originalité: le collage, par exemple, est un classique des sites de musées et des CD-ROM ludo-éducatifs. L’application elle-même est très limitée et donne pas de résultats très probants. Pourquoi ne pas laisser les utilisateurs travailler à partir de leur fichiers numériques. Ensuite, on invite des ados à créer, mais sans donner accès au résultat en ligne. Explorer la démarche artistique devrait aller jusqu’au bout, ce qui suppose de soumettre son oeuvre au regard des autres.
Bref, c’est bien-pensant et sans prise de risque. On reste un peu sur sa faim.

http://redstudio.moma.org/

Imaging the future

Les 4 et 5 juillet avait lieu, en marge du Festival international du film fantastique de Neuchâtel (NIFF), la seconde édition du symposium “Imaging the Future”. J’y avais été invitée pour parler de Second Life. Cette participation m’a permis de découvrir l’univers du jeu vidéo tant du point de vue esthétique, culturel et historique que du point de vue de sa production technique.
Le matin du 5 juillet, Pierrick Thébault a présenté le jeu vidéo comme une production culturelle, en mettant en avant son évolution graphique qui part d’une abstraction extrême (Pong) au photo-réalisme, en passant par des styles influencés par la BD. Aujourd’hui les créateurs ont une vaste palette à disposition et les ordinateurs ont de grandes capacités de calculs. De fait, le retour à l’abstraction ou à la stylisation sont de véritables choix maintenant.

Cette journée a été l’occasion de mieux comprendre la fabrication de ces jeux qui est très couteuse. On a eu la démonstration de deux systèmes permettant de faciliter le travail des créatifs qui devraient pour mieux se concentrer sur le scénario et le contenu et s’éviter des routines fastidieuses. La société Pixelux a présenté son logiciel permettant de simuler la cassure de matériaux divers (DMM). Cet outil permet de créer les séquences où des éléments de décor (mur, barrière, etc…) sont détruits lors d’un impact. Il s’agit de simulation en temps réel, donnant une grande impression de réalisme. Le principal client de cette firme n’est autre que Lucas Arts qui l’utilise actuellement pour créer un nouveau sur Stars War, “The Force Unleashed”.

http://www.pixeluxentertainment.com/

http://www.lucasarts.com/games/theforceunleashed/

Hyperion, présenté par Samir Fitouri, est un outil conçu pour aider les développeurs et les artistes à créer rapidement des solutions 3D en temps réel, par exemple des démos, des jeux, etc… Cette application met le 3D en temps réel à la portée des personnes ayant peu d’expérience dans le domaine. De plus, il est gratuit pour une exploitation non commerciale.

http://www.ozone3d.net/hyperion.php

http://www.hypergraphics3d.com/

Parmi les démos présentées, une m’a particulièrement frappée. C’est une galerie virtuelle d’un artiste-peintre. En s’approchant des tableaux, on peut voir le relief de la peinture et les effets de la lumière dessus. Avec cela, le musée virtuel n’est pas loin …

http://www.aziz-elhihi.ch/galerie_virtuelle.php (ne marche pas sur Mac)

Avec ma présentation, on rejoignait le style 3D quick and dirty de Second. J’ai d’abord essayé de montrer que SL n’est pas un univers aussi virtuel qu’on l’imagine, si l’on se réfère à la définition de Pierre Lévy. C’est un univers actualisé, qui impose maintenant beaucoup de contraintes à celui qui y entre. De même, SL n’est pas un jeu au sens du terme anglais “game”, car il n’y a ni score, ni quête. En revanche, il est possible d’y jouer, si l’on donne à jeu le sens du mot anglais “play”: le jeu des enfants, le jeu de l’acteur. Il est du reste vrai qu’il existe dans SL des zones où l’on pratique le jeu de rôle.
J’ai ensuite essayer de montrer que SL est un système qui a permis la rencontre de deux univers qui ont évolué en parallèle, l’univers de la visualisation 3D d’une part, qui s’est pendant longtemps limité au jeu, mais qui a aussi d’autres applications (simulation, imagerie médicale, etc…) et, d’autre part, Internet dans ses développements actuels.

Chat

Pour beaucoup de résidents, SL est un vaste chat 3D, dont il existe d’autres exemples, comme ActiveWorlds. Dans SL même, la voix est bientôt disponible.

Web 2.0

C’est le principe selon lequel les utilisateurs produisent le contenu. On le voit à l’oeuvre dans la blogosphère, Wikipédia. SL est basé uniquement sur ce principe. En effet, tout ce qu’on voit dans SL, des bâtiments aux vêtements a été créé par les résidents.

Open source

La notion d’open source est bien implémentée dans SL. Beaucoup de créateurs mettent à disposition gratuitement leurs produits. Les résidents sont friands de ces caisses d’objets gratuits qu’on appelle ds freebies. IBM met à disposition de ses visiteurs une bibliothèque de script. Beaucoup de résident collaborent et échangent scripts, textures et petits trucs.

Long tail

Il est impossible, pour des raisons de performance du système informatique, d’attirer une grande affluence dans un sim. Avec plus de 40 avatars, il peut “crasher”. Par conséquent, l’offre de SL correspond au modèle que l’on observe sur Internet, celui de la “long tail” ou longue traîne (de robe de mariée), à savoir celui d’une offre très vaste, mais de niche.

GeoWeb

Le développement de l’approche géographique sur Internet se retrouve aussi sur SL. En effet, la carte générale constitue un des outils de navigation dans le monde.

Internet des objets

SL est une préfiguration de l’Internet des objets. En effet, les avatars comme les objets et les actions répondent tous à un identificateur unique, mais avec la même architecture (comme les codes barres). Les objets sont capables de communiquer avec les avatars.

Voir SL sous cet angle permet mieux d’en comprendre les enjeux. Il constitue une partie de l’éco-système informationnel qui est en train de se mettre en place et montre que les univers 3D constituent aussi des modes d’accès à l’information (pour autant que cela ait une pertinence). De même, l’avatar est un moyen de parcourir cet éco-système informationnel et d’interagir avec lui. Il est difficile de savoir aujourd’hui quel sera l’avenir de SL, qui sera probablement en concurrence avec des systèmes analogues. Il est cependant certain que, grâce à lui, univers 3D et avatars ne seront plus confinés à l’univers du jeu et qu’ils entrent dans la boîte à outil des architectes de l’information. SL constitue une préfiguration du Web 3D.

Programme du symposium “Imaging the future”

http://www.imagingthefuture.ch/

http://www.nifff.ch/