Des détails invisibles à l’oeil nu

Grâce à Google Earth, il est possible d’observer des tableaux de maîtres dans leurs plus infimes détails. Certes, la fonction de zoom est très ancienne et on la trouve sur de nombreux sites Internet de musées ou consacrés à l’art. Mais Google offre deux avantages appréciables. Tout d’abord, il faut se rendre virtuellement dans le musée abritant l’oeuvre en parcourant la carte du monde avec le logiciel Google Earth.

Le Prado sur Google Earth

On arrive devant le bâtiment du musée reconstitué en 3 dimensions.

Le bâtiment du Prado reconstitué en 3 dimensions

A ce moment, on peut faire apparaître le menu présentant les tableaux disponibles.

Menu des tableaux disponibles

Une fois l’oeuvre choisie, le programme nous fait littéralement entrer dans le musée et nous pose devant le tableau. On regrette seulement de ne pas avoir d’avatar à disposition pour rendre cette expérience encore plus réaliste. La deuxième surprise nous attend devant le tableau: on peut naviguer sur sa surface et zoomer avec le même outillage que pour une carte de Google Maps. A noter qu’une équipe de Harvard a déjà utilisé ce système pour lire un manuscrit d’Homère.

Détail du tableau de Roger van der Weyden, Descente de la Croix

La résolution équivaut à 14’000 millions de pixels. La qualité de l’image est impressionnante et il est vraiment possible d’agrandir certains détails qu’on ne verrait pas à l’oeil nu. Les craquelures de la peinture apparaissent très nettement.

Descente de la Croix, Roger van der Weyden

Pour l’instant, seuls 14 tableaux du Musée du Prado à Madrid sont disponibles.

http://www.museodelprado.es/

Sur son blog, le critique d’art Jonathan Jones pose une question intéressante à propos de ce développement de Google, sans toutefois y répondre. Selon lui, une expérience muséale sur Internet ne remplacera jamais la visite du musée réel qui offre une atmosphère incomparable. Citant Walter Benjamin qui pensait que la reproduction mécanique des oeuvres d’art attaquait leur aura, il admet que la copie est au contraire un signe de succès. Cependant il se demande ce qu’il arrive quand la technique permet d’arriver à une qualité extraordinaire et à une diffusion sans limites (puisqu’accessible de partout).

http://www.guardian.co.uk/artanddesign/jonathanjonesblog/2009/jan/13/google-earth-prado

Peut-être que les technologies numériques sont en train de transformer l’expérience  muséale en offrant d’autres visions de la réalité sensible. Songeons aux reconstitutions en 3 dimensions qui permettent une immersion. Elles constituent une véritable alternative à une maquette dans le domaine de l’archéologie par exemple. Songeons aussi à l’un des plus beaux musées de Second Life qui présente des reconstitutions en 3 dimensions de tableaux de Van Gogh. On peut y entrer, s’asseoir sur une chaise. Quant aux résolutions importantes de Google, elles nous permettent peut-être d’avoir un contact plus intime avec l’oeuvre. Chacun des détails que nous pouvons voir a fait l’objet d’un soin extrême de la part de l’artiste et c’est un peu comme si nous entrions dans son expérience. De plus, on peut voir le travail du temps sur le tableau, car chaque craquelure est visible.

Les technologies numériques nous offrent peut-être un regard renouvelé sur ces oeuvres et vont peut-être nous conduire à établir un autre rapport avec elles.

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