Nouvelles frontières

De retour à Lift, j’explore en compagnie des conférenciers de la première partie de la matinée de nouvelles frontières. Avec Kevin Warwick et ses expériences bien connues (il se fait placer des implants électroniques dans le corps, reliés à Internet), c’est le corps qui se virtualise. Il se réduit plus à sa seule enveloppe physique et devra être redéfini dans les prochaines années.
La très créative Zentrale Intelligenz Agentur est un exemple d’entreprise virtualisée: plus de bureaux, que des outils collaboratifs en ligne, de nouvelles règles.

http://www.zentrale-intelligenz-agentur.de/

Mais le voyage dans lequel Mieke Gerritzen nous a emmenés était totalement fascinant. Comme les travaux de Claude Lévi-Strauss l’ont montré, l’histoire de l’homme a consisté à passer de la nature à la culture. Mais des millénaires plus tard, ce même homme a créé une culture si complexe, avec ses technologies, ses réseaux, que la culture a tendance à retourner à l’état de nature. Cette nouvelle nature (Nextnature) est comme l’autre: imprédictible, impossible à maîtriser. Et l’homme devra bien trouver comment vivre dans la nouvelle jungle qu’il a créée.
Pour nous présenter cette nouvelle nature, Mieke Gerritzen utilise l’image: photos ou vidéos de divers créateurs. Plusieurs des images qu’elle a montrées sont disponibles sur le site Nextnature:

http://www.nextnature.net/

Pour en savoir plus:

http://www.liftconference.com/

Asian stories

La deuxième session de l’après-midi, lors de la Conférence Lift, a été consacrée à l’Asie. Marc Laperrouza nous a présenté la situation de la Chine. Dans ce pays, le développement d’Internet se situe à une échelle bien différente, en terme de nombre d’utilisateurs notamment. Dans les pays émergents, l’appareil qui permet de se connecter à Internet est avant tout le téléphone, moins cher que le PC. Cela risque d’influencer l’offre de contenu, qui devra s’adapter au format du téléphone. Autre fait intéressant, on jette tant de téléphones portables en Chine, chaque année, que des mesures de recyclage sont déjà prises.

Quant à Heewon Kim, elle nous a présenté la manière dont les jeunes coréens utilisent Internet. Ils sont tout d’abord massivement connectés et ils ont une préférence pour les réseaux sociaux. Sur ces sites, ils font leur portrait (profile) et parle de leurs activités quotidiennes, partagent des photos. Comme ils utilisent aussi des appareils mobiles, ils sont connectés en permanence. Le monde virtuel qui est créé par ces réseaux sociaux est en temps réel ou en quasi-temps réel.
L’humain a parfois besoin de recul, de silence. Est-ce que ce sera encore possible dans des sociétés hyperconnectées? Que deviendront la vie privée ou l’intimité? Les conférences d’aujourd’hui nous invitent à une réflexion sur ces phénomènes. Certains (mais je ne sais plus qui) prédisent déjà que le vrai luxe sera d’avoir la possibilité de se déconnecter.

Le troisième conférencier, Gen Kanai, a parlé de l’open source qui se développe moins rapidement en Asie. Néanmoins, il relève le cas du Bhoutan qui développé un système à partir de Linux, dans sa propre langue:


http://dzongkha.sourceforge.net/

Pour en savoir plus sur ces conférences:

LIFT08

Un lapin connecté

La première session de l’après-midi de la conférence Lift est consacré à l’innovation.
C’est déjà une évidence: le PC n’est plus l’unique appareil connecté à Internet. Le téléphone mobile présente une alternative en occident, mais le premier choix dans les pays émergents (notamment à cause de son prix). Mais bientôt d’autres objets le seront, comme nous le prédisent certains visionnaires. Pourtant cet Internet des objets n’est pas encore très présent dans nos maisons. Un petit lapin changera peut-être cela.
Il s’appelle Nabaztag. Il est tout blanc, mais il peut se couvrir de luminescences. Il a des oreilles qui bouge. Mais surtout, grâce à un réseau wi fi domestique, il se connecte à Internet. Il peut vous dire la météo, vous lire des podcasts, des fils RSS, vous annoncer l’arrivée d’un mail. Cet objet a été créé par la société Violet. Ses concepteurs sont partis d’une réflexion simple: créer des objets permettant une interface sereine avec Internet. Nabaztag se décline en version jouet et il peut lire des histoires aux enfants. Bien entendu, le livre de conte doit être pourvu d’une puce RFID pour que cela marche.

Avec Nabaztag, plus d’écran, plus de clavier, plus de souris. Difficile de dire s’il ne s’agit que d’un gadget ou de la préfiguration de nouveaux modes d’accès à Internet. Mais pourquoi se priver de multiples manières d’exploiter les contenus si riches d’Internet, avec un moins de technique et un peu plus d’émotions.

Pour en savoir plus:

http://www.nabaztag.com/fr/index.html

LIFT08

La composante humaine

Deuxième partie de matinée à Lift.
Avec le développement des transports et des moyens de communication, le monde est devenu petit. Cela aurait pu sonner le glas de l’exploration ethnographique. Mais dans le monde globalisé, de nouvelles tribus surgissent, de nouveaux usages aussi. Les grandes entreprises d’informatique et de télécommunication engagent désormais des ethnologues pour mieux connaître leurs usagers. Ces ethnologues exercent un autre regard que les spécialistes du marketing qui se restreignent à analyser le potentiel commercial. Il est vrai qu’Internet ou les téléphones portables ont profondément changé les pratiques, qu’il s’agit d’observer et de comprendre maintenant. Ces changements produisent des effets sur les individus eux-mêmes. Nous avons aussi entendu un psychologue qui s’intéresse à la manière dont les gens gèrent les identités multiples qu’ils ont sur Internet. Pendant des années, on s’est extasié devant les performances de la technologie. On regardait s’élever la puissance des processeurs, la capacité de stockage, l’extension des réseaux. Mais les machines étant utilisées par des hommes, il est temps maintenant de s’intéresser à cette composante.

Pour en savoir plus:

LIFT08

Profiling

Dans sa présentation, lors de la Conférence Lift, Pierre Bellanger, fondateur de Skyrock, à la tête maintenant de la plus grande plateforme de blogs européenne a commencé par une évidence. Une grande partie des utilisateurs d’Internet sont des adolescents. Ces utilisateurs apprécient particulièrement les réseaux sociaux. Ces réseaux sociaux, qui prennent une place de plus en plus grande sur Internet, pourraient bien être aux hommes ce que les moteurs de recherche sont aux informations, grâce aux méta-informations.
Ceci mérite une explication. Si l’on retrouve des pages ou des images sur Internet, c’est que ces documents sont pourvus de méta-informations, d’informations qui qualifient ces documents. Il peut s’agir d’informations comme la date, le nom de l’auteur, mais aussi de mots-clés. Ces méta-informations peuvent être saisies par l’auteur du document, par les internautes (indexation sociale) ou par un processus d’indexation automatique lié à un moteur de recherche. Dans le cas des réseaux sociaux, quand on remplit son profil, on fait exactement la même chose, mais sur soi-même. Grâce aux informations que nous livrons (film ou livres préféré, musique favorite, intérêts particuliers, etc…), nous permettons à d’autres personnes qui partagent les mêmes goûts que nous de nous retrouver et d’interagir avec nous.
Après avoir absorbé une bonne partie de l’information produite par les cultures humaines, Internet intègre maintenant les individus. C’est une situation à double-tranchant: d’un côté, elle nous permet d’entrer en connection avec ceux qui nous ressemblent le plus, d’un autre, elle nous oblige à nous découvrir. L’un des principaux enjeux sera, pour tous ceux qui entrent dans les réseaux sociaux sur Internet, la gestion de son profil et la capacité à s’attribuer des méta-informations efficaces. C’est l’ère du marketing de soi qui commence.

Pour en savoir plus:
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