La vague des autoportraits

Un selfie est une photographie de soi-même prise avec un téléphone intelligent, seul ou avec d’autres personnes. Ce terme a été élu mot de l’année par le Oxford Dictionaries. Comme le souligne le dictionnaire, l’autoportrait n’a rien de très neuf, puisqu’il y en a maints exemples exécutés à la peinture à l’huile ou au crayon. Cependant aujourd’hui chacun dispose dans sa poche d’une technologie permettant de réaliser rapidement un autoportrait et de le publier. Lev Manovich, grand spécialiste des nouveaux médias, et son équipe se sont intéressés à la pratique des selfies et ont réalisé une étude intéressante à partir d’un corpus important. Ils ont en effet sélectionné au hasard 120’000 photos sur un total de  656’000 images collectées sur Instagram et provenant de cinq villes (New Yorl, Sao Paulo, Berlin, Bangkok, Moscou). Grâce à un outil de crowdsourcing, chaque photo a pu être déterminée comme étant ou non un selfie. Toujours grâce au crowdsourcing, le sexe, l’âge et le nombres de personnes sur l’image. Ensuite, un algorithme de reconnaissance faciale a permis d’établir l’état émotionnel de la personne. Enfin, des membres de l’équipe de recherche ont regardé les photos manuellement et ont découvert des erreurs. L’étude finale se base sur un corpus de 640 selfies par ville.

Capture d’écran 2014-03-16 à 22.54.44

Cette étude a permis d’établir un certain nombre de faits intéressants : environ 4% des photos publiées sur Instagram sont des selfies. Les autres photographies représentent d’autres personnes, des monuments, des salles, des oeuvres d’art, des animaux de compagnie, le contenu des assiettes, etc… La majorité des selfies ont été prises par des femmes (55,2% à Bangkok et 82% à Moscou). L’âge médian des sujets des selfies est de 23,7 ans. En revanche, à partir de 30 ans, c’est une majorité d’hommes qui publient des selfies sur Instagram. On sourit plus à Bangkok et à Sao Paulo que dans les trois villes occidentales, Berlin, Moscou et New York. Les femmes prennent plus souvent des poses particulières que les hommes.

http://selfiecity.net

Comment interpréter ces selfies ? S’agit de narcissisme, d’exploration de soi, de marketing de soi ? Il appartiendra à l’histoire de la photographie, à la sociologie ou à la psychologie de répondre aux nombreuses questions suscitées par ce phénomène de masse popularisé par les grands de ce monde.

Le radeau de la méduse

Les réseaux sociaux basés sur les questions et les réponses ne sont pas vraiment neufs. Les forums ont été utilisés à cette fin depuis très longtemps et continuent à l’être de manière très efficace. Daphne Koller déclarait, à propos des forums de la plateforme de e-learning Coursera, qu’un étudiant postant une question recevait une réponse en moyenne 20 minutes plus tard. Ensuite est venu Yahoo Answers, puis Quora (et sa version française, Gozil). Quelle est donc la nouveauté apportée par le dernier-né du genre, Jelly ? Cette application pour téléphone intelligents a été créée par Biz Stone, le cofondateur du site de microblogging Twitter, et par Ben Finkel co-fondateur de Fluther, un site de questions et de réponses qui a déjà une méduse comme emblème.

Jelly est tout d’abord une application pour téléphone, disponible pour iPhone et Androïd. Elle s’adresse donc à un public qui a tendance à accéder au Net par ce biais plutôt que sur un ordinateur. Ensuite, elle a une ergonomie très simple et efficace. Les sites de questions et réponses sont habituellement basés sur du texte. Dans Jelly, tout démarre avec une image, sur laquelle on écrit sa question. Les questions arrivent comme un flux. L’utilisateur lit la question, peut lire la pile des réponses déjà données (on est rarement le premier à répondre) et répondre lui-même. Si on n’a pas la réponse à cette question ou bien si elle ne nous inspire pas, il suffit de la tirer vers le bas de l’écran pour la faire disparaître et passer à la suivante. Jelly permet aussi à celui qui pose une question de signifier aux visiteurs qu’il a obtenu une réponse satisfaisante et également (ce qui est essentiel) de dire merci à ceux qui ont répondu.

Jelly est une manière de poser des questions au moment où elles nous viennent à l’esprit et l’ensemble des réponses ne va pas constituer peu à peu une sorte d’encyclopédie. Cela peut changer la nature des questions : cela va donc du dépannage à la demande de conseil d’achat, en passant par des photographies énigmatiques dont il faut deviner le sujet et des questions d’actualité. Le côté ludique l’emporte sur l’aspect encyclopédique et pourra peut-être conquérir un public jeune, hyperconnecté et vivant dans l’instant présent.

Logo Jelly

C’est l’avenir qui dira si Jelly sera aussi inconsistant que de la gelée et se perdra dans la mer des nombreuses tentatives de créer The Next Big Thing ou bien si ce sera une belle méduse qui nous permettra de nous orienter dans l’océan du savoir partagé.

 

Quelqu’un pense à vous !

Qui vous souhaite votre anniversaire ? Les membres de votre famille, certains de vos amis et certains de vos collègues. Parfois aussi certains commerçants vous envoient une petite carte. Facebook rappelle quant à lui à vos amis de vous souhaiter un bon anniversaire. Maintenant Google pense aussi à vous ce jour-là. Il vous suffit d’ouvrir un compte gmail et de donner votre date de naissance exacte pour voir la page d’entrée de Google afficher des gâteaux d’anniversaire décorées avec des bougies le jour de votre anniversaire :

Page d'accueil de Google adaptée pour le jour anniversaire de l'utilisateur

 

A la fortune du pot

Les créateurs de Branch lancent un nouveau média social : Potluck. Ce terme anglais signifie “à la fortune du pot”. Il fonctionne sur le même principe que Pinterest. Grâce à un petit bouton qu’on installe dans la barre des signets du navigateur, on peut envoyer des pages Web sur son compte Potluck. On peut aussi voir et commenter ce que ses amis postent.

Potluck

Potluck

Ce nouvel arrivant illustre bien une tendance des médias sociaux : ce sont maintenant les contenus et non plus les utilisateurs qui sont au centre des applications. C’est déjà clairement le cas de Pinterest et son système de partage d’images et celui de Tumblr, qui permet de publier divers contenus. La relation sociale ne suffit plus à alimenter la conversation. Il est nécessaire d’amener des contenus de qualité.

 

 

Lift 13: c’est parti!

Le premier après-midi de la Conférence Lift 13 est consacré au renouvellement que les technologies de l’information peuvent apporter à la démocratie aujourd’hui. Le conseiller administratif de la ville de Genève, Sami Kanaan est venu nous entretenir de ce sujet. Selon lui, la technologie peut soutenir les processus démocratiques, mais elle ne remplace pas les outils usuels de la démocratie comme un parlement. La démocratie a également besoin de temps. Maximilian Stern, directeur de foraus, parle de la démocratie collaborative. Au moment où de grands défis sont à relever, les partis politiques ont de moins en moins d’adhérents. Les gouvernements doivent trouver de nouvelles méthodes pour mieux intégrer la population dans les prises de décision: démocracie directe, participative ou délibérative. Maximilian Stern propose l’idée d’une démocratie collaborative qui permet aux gens de travailler avec le gouvernement pour trouver des solutions. Analyser, informer, débattre, avoir des expertises, planifier, s’engager en sont les ingrédients. L’Islande a, par exemple, utilisé les médias sociaux pour élaborer sa constitution. Nous avons maintenant un usage limité et partiel des technologies dans les processus démocratiques. Il s’agirait de les combiner maintenant. Mican Daigle propose de faire un upgrade de la démocratie. La démocratie est à la fois une idée et un système. On peut être d’accord avec l’idée et être en désaccord avec le système. Il y a plusieurs systèmes possibles: direct, représentatif. Tous deux présentent des désavantages. L’humain a ses propres limites: il ne connaît pas tout et ne fait confiance qu’à des personnes proches. Mican Daigle propose donc une démocratie en réseau. Les réseaux sont dynamiques, adaptables. Pour changer quelque chose, il faut créer un réseau. Mican Daigle serait bien inspiré d’étudier le système politique suisse. Gudrun Pétursdóttir nous raconte l’histoire de la révision de la Constitution islandaise. L’idée d’impliquer le peuple émergea. Une assemblée nationale de 1000 personnes choisies au hasard a été créée. Les résultats des discussions furent publiées le lendemain. Un conseil constitutionnel fut élu et son travail se fit de manière ouverte au public. Chacun avait la possibilité de participer. Le parlement doit maintenant adopter la nouvelle constitution. Il traite de la constitution depuis 2011 et de nouvelles élections sont prévues au printemps. La question de savoir si le parlement va enfin adopter ce texte auquel le peuple a tant participé reste ouverte. Ce qui est certain c’est qu’après cette initiative visant à donner la parole au peuple, il sera difficile de ne plus l’impliquer. Jake Levitas et Luc Meier présentent un concours de visualisation de données publiques provenant de plusieurs villes dont San Francisco. Les nouvelles technologies se sont déjà invitées dans le débat démocratique. Elles ne sont pas la panacée, présentent quelques problèmes comme la protection des données. En même temps, elles permettent une certaine participation, souvent à court terme; elles accroissent la transparence et elles peuvent contribuer à intégrer plus de monde pour résoudre des problèmes toujours plus complexes. Comme il y a plusieurs types de démocracie, il y a plusieurs voies pour intégrer les technologies dans la prise de décision. Néanmoins l’expérience politique que j’ai eu pendant des années dans une expérience de démocratie virtuelle dans Second Life m’a amenée à me méfier de la substition par des consensus issus de processus de consultation flous à des méthodes formelles d’élection et de vote. La validité et la traçabilité des décisions démocratiques doit être garantie.

Le renouveau de l’éducation supérieure en ligne

Après ses études en Israël, Daphne Koller est partie aux Etats-Unis. Elle a fait son doctorat à l’Université de Stanford et, aujourd’hui encore, elle donne des cours dans le domaine de l’intelligence artificielle dans cette prestigieuse maison. Sebastian Thrun a fait ses études à Bonn, en Allemagne, avant de rejoindre les Etats-Unis. Il est également professeur à Stanford. En 2005, il a gagné le Darpa Grand Challenge,  une compétition mettant en jeu des véhicules terrestres sans pilote et autonomes. A part leur parcours à Stanford, un autre point commun réunit ces deux personnalités. Toutes deux ont fondé une plateforme d’enseignement à distance offrant des cours de niveau universitaire gratuits.

Coursera, créé par Daphne Koller et Andrew Ng, offre depuis avril 2012 des cours de prestigieuses université essentiellement américaines. Des hautes écoles d’autres continents apparaissent aussi dans la liste. Ainsi l’EPFL mettre à disposition les premiers cours en français. Les cours couvrent des champs divers, de l’informatique aux sciences sociales. Udacity, fondé par Sebastian Thrun, propose des cours essentiellement d’informatique, de physique ou de mathématiques. Le cours le plus célèbre est celui qui explique comment réaliser une voiture sans conducteur.

La formation à distance n’est pas nouvelle sur Internet. On peut même dire qu’elle a subit elle aussi le même sort que le commerce électronique sur Internet. Dès les débuts du Web, de nombreuses personnes ont pensé qu’Internet jouerait un rôle déterminant dans le commerce et dans l’éducation. Parallèlement au gonflement d’une bulle spéculative qui allait entraîner une première crise grave sur le net, de nombreux programmes et sites d’éducation ont vu le jour. La Suisse avait créé par exemple le Campus Virtuel, qui fut en fait une véritable déconfiture. Jacques Perriault a bien analysé les causes de cet échec dans son livre « L’accès au savoir en ligne » (2002). Les promoteurs de l’éducation sur Internet ne se sont pas intéressés à ce qui s’était déjà fait en matière d’éducation à distance, un domaine qui avait pourtant une longue tradition. Les échecs subis par les premières plateformes d’éducation ont fait long feu et il a fallu attendre longtemps jusqu’à ce que de nouvelles initiatives voient le jour. Seules se sont répandues les systèmes open source comme Moodle permettant à chacun de créer une classe virtuelle.

2012 voit donc l’émergence de plusieurs plateformes importantes. Le succès est immédiat. Lancée en avril, Coursera a plus de 2 millions d’utilisateurs en décembre. Un cours peut attirer entre 40’000 et 50’000 utilisateurs. Le seul cours pour lequel j’ai des données fait état de 2500 certifiés au terme du cours, ce qui représente 5%. Ce pourcentage est un excellent taux d’engagement en ligne, quand on songe à l’investissement en temps et en énergie nécessaire pour assimiler l’enseignement. Le premier cours offert par Udacity en 2011, consacré à la création d’une voiture auto-conduite et donné par Sebastian Thrun lui-même a réunit 160’000 étudiants du monde entier.

Les cours de Coursera et Udacity sont gratuits. Majoritairement en anglais (l’EPFL donnera tout de même un cours en français), ces cours sont très suivis par des étudiants de pays émergents qui n’ont pas accès à ce type d’éducation chez eux. Certains ont même pu trouver un job grâce à leur certificat. Ces nouvelles plateformes doivent maintenant trouver des modèles de financement pour assurer leur avenir. L’un consisterait à faire payer pour la certification seulement. Un autre donnerait la possibilité à de futurs employeurs de détecter des collaborateurs potentiels par rapport aux cours suivis avec succès.

2013 devra confirmer ce renouveau de l’éducation en ligne. J’ai, à titre personnel, suivi un cours de manière complète sur Coursera. Le cours s’intitulait Networked Life et il était donné par un professeur de l’Université de Pennsylvania, Michael Kearns. La matière était passionnante : structure et dynamique des réseaux. La pédagogie excellente : 3 à 4 vidéos de 15 minutes à suivre chaque semaine, des lectures complémentaires et un quizz correspondant à chaque vidéos. Les vidéos elles-mêmes ne montraient pas le professeurs, mais ses diapositives qu’il commentait en voix off et sur lesquelles il écrivait des notes supplémentaires. Petit raffinement sur Coursera, il est possible de ralentir le rythme de la vidéos, permettant à des non-anglophones de suivre plus facilement. Le sentiment de communauté se crée très vite autour d’un forum de discussion et même sur les médias sociaux. Dès qu’une difficulté apparaît, comme une question incomprise dans un quizz, le professeur et son équipe de modérateur peut réagir rapidement. Au terme du cours, j’ai obtenu mon certificat. J’en étais très heureuse, car cela avait supposé un gros investissement en temps et en énergie. Cependant j’ai le sentiment que les connaissances acquises me seront très utiles et je suis prête à recommencer.

Coursera

 

Coursera: http://www.coursera.org/

Udacity: http://www.udacity.com/

Pinterest: le plus muséal des réseaux sociaux

Flickr est un site de partage d’images avec des fonctionnalités sociales qui avait certainement une vocation muséale. Il a réuni en quelques années plusieurs milliards d’images que ses utilisateurs ont indexées. You Tube est devenu une sorte de musée de la télévision dont le curateur est l’ensemble de ses contributeurs. Avec l’arrivée de Pinterest, voici un nouvel acteur dans les réseaux sociaux à vocation muséale. Pinterest permet de partager les images présentes sur le Web qui nous ont frappé ou les images des utilisateurs. Le résultat est magnifique: des images de grande beauté sur la page d’entrée, comme si un curateur les avait choisi. En fait de curateur, c’est la communauté qui les choisit. Cette prépondérance de l’esthétique explique peut-être pourquoi Europeana, la ressource virtuelle de l’Europe en matière de musée virtuel a choisi d’être présente sur Pinterest. Le résultat? Plusieurs galeries d’images sur des thèmes comme l’art nouveau, Barcelone dans le passé , …

Europeana in Pinterest

http://pinterest.com/europeana/

Second Life est-il mort?

Lors d’une réunion, j’ai entendu quelqu’un prendre Second Life comme exemple d’une application qui a eu un immense succès, puis a disparu. Ceux qui affirment cela ne prennent pas souvent la peine de vérifier leurs dire. Second Life continue à exister et à s’améliorer. Il est désormais possible d’utiliser des éléments de construction plus grands, ce qui permet d’économiser les fameux “primitives” ou formes fondamentales, qui sont limités sur une surface donnée. Les meshes peuvent être importés et employés pour créer des objets sophistiqués ou même des vêtements. Cela permet essentiellement de travailler en dehors du monde virtuel, puis d’importer ses créations. Linden Lab déploie des efforts pour créer une communauté et pour mettre en valeur les lieux les plus intéressants sur son guide des destinations.

J’ai donc décidé de reconstruire mes deux principales bâtisses dans Second Life. L’une est la Domus Arriana, du nom de mon avatar. Son plan s’inspire des villas urbaines d’Herculanum. La demeure est bâtie en longueur et possède un jardin à péristyle. Dans le triclinium, j’ai mis sur les murs les peintures de la Villa des Mystères de Pompéi. Le mobilier provient en grande partie du magasin de mon amie Alexia.

Domus Arriana

Domus Arriana

Domus Arriana

Domus Arriana

Domus Arriana

Domus Arriana

J’ai également entrepris une restauration du Monastère. J’ai l’intention de rénover le bâtiment, tout en laissant quelques éléments de la bâtisse originale. Pour l’instant, la bibliothèque, la salle de réunion et la crypte ont été refaits. L’intérieur de la chapelle a été entière restauré, mais le bâtiment lui-même doit encore l’être.

Monastère

Bibliothèque du Monastère

Crypte du Monastère

Salle de réunion

Chapelle du Monastère

Le travail de construction a beaucoup changé. De nombreuses créateurs proposent des éléments de construction: colonnes, cadres de fenêtre, portes, toits, … On devient de plus en plus un assembleur. Cela rehausse bien sûr la qualité des bâtiments ainsi que du mobilier.

L’avenir de Second Life est difficile à prédire. La récession américaine se fat durement ressentir. De nombreux sims ont été abandonnés. Mais le monde virtuel est financé essentiellement grâce à la location des terrains et aux transactions commerciales sur la plateforme d’achat SLMarket. En revanche, les technologies 3D ont un avenir. Depuis peu, le cinéma en 3D a suscité l’engouement. Les utilisateurs se sont habitués à voir les objets sous tous les angles. Pour la mise en valeur de certains types d’information, la 3D est particulièrement intéressante.

 

Narcisse

Tout le monde connaît l’histoire de Narcisse. A sa naissance, le devin Tirésias avait prédit qu’il aurait une longue vieillesse s’il ne se connaissait pas. En grandissant, il se révèle être, d’une grande beauté mais orgueilleux : il repousse de nombreuses prétendantes, dont la nymphe Écho. Cette dernière lui lance une malédiction : un jour qu’il s’abreuve à une source, il voit son reflet dans l’eau et en tombe amoureux. Il reste alors de longs jours à se contempler et à désespérer de ne jamais pouvoir rattraper sa propre image. Il finit par dépérir puis mourir d’une passion qu’il ne peut assouvir. En psychologie, le mythe de Narcisse symbolise ceux qui sont imbus de leur propre image.

Narcisse par le Caravage

Les réseaux sociaux entretiennent certainement le narcissisme puisque toute l’information s’organise autour de sa propre personnalité. Intel vient de développer une application intéressante à ce propos: The Museum of Me. Cette application, sur laquelle il suffit de se connecter avec son compte Facebook, génère une exposition virtuelle dont le sujet est soi-même. On se met à parcourir des salles pour admirer sur les murs les portraits de ses amis, ses propres albums de photos, les liens et les vidéos partagées, les mots utilisés le plus souvent.

Museum of Me

Museum of Me

Museum of Me

La première partie de l’exposition est donc centrée sur l’individu. On pénètre ensuite dans une salle où des robots manipulent des photos des profils d’amis pour recomposer, à la manière d’un puzzle, la photo de notre propre profil.

Museum of Me

Museum of Me

Finalement, en prenant de la distance, on voit apparaître peu à peu le graphe social, c’est-à-dire le réseau des amis de nos amis de nos amis. Ce graphe montre que chaque individu est lié à tous les autres et qu’il faut quelques relais (environ 6) pour atteindre une autre personne qu’on ne connaît pas personnellement.

Museum of Me

Tous les Narcisse contemporains ne meurent pas à force de contempler leur propre image. Les réseaux sociaux ne font pas que flatter notre égo, même si cet aspect est indiscutable. Ils nous relient au reste des gens connectés. Par les images, les vidéos, les liens, les commentaires que nous partageons, nous pouvons même entrer en contact avec des personnes qui ont les mêmes intérêts que nous. Les réseaux sociaux ne sont pas forcément néfastes, pour peu qu’on les emploie avec prudence.

Cette application est intéressante à plus d’un titre. Elle peut permettre à chacun de réfléchir à sa présence dans les réseaux sociaux. Elle utilise aussi la forme du musée virtuel que l’on retrouve de plus en plus souvent sur Internet. Des marques, par exemple, créent de tels musées pour présenter leur histoire et leurs différents modèles, dans un but marketing (qui n’est pas tout à fait absent ici). Le musée virtuel peut traiter de tous les sujets et non pas seulement ceux qui sont habituellement présents dans les musées réels. Sur Internet, il tend à devenir une forme, un genre. La muséographie retenue est assez habile. La visite commence comme une visite dans un musée réel, en passant d’une salle à l’autre avec d’autres visiteurs. Ensuite il y a comme une prise de distance, un éloignement à travers l’espace du graphe social. Le tout est accompagné d’une musique qui donne à l’ensemble une certaine poésie. Seul regret, l’exportation sur Facebook se fait sous la forme d’un album de photos et non pas d’une vidéo.

http://www.intel.com/museumofme

Web save the Queen

La royauté britannique s’est toujours montrée friande de technologie.  En 1957 déjà, la Reine d’Angleterre avait prononcé un message télévisé. 50 ans plus tard, elle a adressé ses vœux de Noël au peuple britannique sur YouTube. Elle possède d’ailleurs un iPod que le président américain Barack Obama lui a offert en 2009. Il n’est donc pas étonnant que pour la transmission du mariage du Prince William et de Catherine Middleton, la Couronne britannique ait fait appel aux médias sociaux. Fini de rester assis sur son canapé, devant son petit écran, en écoutant le commentaire des émules de Léon Zitrone. Regarder un mariage royal aujourd’hui devient une expérience communautaire.  Tout appareil connecté à Internet était bon pour suivre l’événement en direct: ordinateur, tablette ou téléphone portable. Peu importe que l’on soit en voyage, au supermarché ou au restaurant. On pouvait découvrir la simplicité sophistiquée de la robe de mariée, le défilé des têtes couronnées et des célébrités ou la parade en carrosse. Plus encore, on pouvait obtenir facilement des informations sur les invités, l’arbre généalogique de la famille royale ou les différents palais de Londres. Mais surtout il devenait possible de partager ses émotions, sa surprise ou même ses critiques (sur certains chapeaux par exemple).

Le Palais royal avait misé sur plusieurs canaux. Le mariage a été transmis en direct sur You Tube où les images de la BBC étaient retransmises sur le Royal Channel. A côté des images télévisées, on pouvait voir défiler un commentaire expliquant le détail de la cérémonie, donnant des détails sur les personnes présentes ou décrivant les différents lieux où se déroulait l’action. Il était même possible de féliciter les jeunes mariés en postant une vidéo.

Mariage royal sur You Tube

http://www.youtube.com/user/TheRoyalChannel

Parallèlement une équipe de communicateurs commentait le mariage sur Twitter depuis Buckingham Palace. Certains messages de félicitation  était même retwittés. A mentionner celui de la reine Rania de Jordanie.

Clarence House Twitter

@clarencehouse

Enfin les photos officielles de l’événement ont été postées sur Flickr. On peut notamment y voir les images des deux gâteaux.

The Royal Wedding Cake

http://www.flickr.com/photos/britishmonarchy/

Un mariage royale anglais est tout à fait le type d’événement qui suscite un énorme intérêt et beaucoup d’émotions. De nombreuses personnes à travers le monde ont vécu ceux de la Princesse Anne et de Mark Philipps ou celui du Prince de Galles et de Lady Diana devant leur télévision (sans parler des funérailles de cette dernière). Ces téléspectateurs avaient le sentiment de faire partie d’une immense communauté qui se créait le temps d’une messe. Ils étaient cependant dans l’impossibilité de partager cet événement avec d’autres personnes que celles qui se trouvaient dans la même pièce. Maintenant il est possible de partager ses sentiments avec le monde entier, avec ses amis sur Facebook ou ceux qui nous suivent sur Twitter, de commenter costumes, chapeaux et coupes de cheveux ou alors de donner son opinion sur les dépenses liées à un mariage royal. Chacun peut avoir le sentiment de participer à l’événement sans devoir se déplacer jusqu’à Londres. Sans nul doute, cette opération ne peut que redorer le blason de la royauté. Web save the Queen!

Autres sites intéressants:

Site officiel de la Monarchie britannique: http://www.royal.gov.uk/

Site officiel du Prince de Galles: http://www.princeofwales.gov.uk/

Site officiel du mariage: http://www.officialroyalwedding2011.org/

Obama offre à la reine Elizabeth II un iPod personnalisé