La visibilité de l’archéologie suisse sur le Web

Le projet HORIZONS 2015, soutenu par de nombreuses associations, groupes de travail et organisations d’archéologie, a pour ambition, au cours des années 2010-2015, de répondre aux défis posés à l’archéologie en Suisse : polémique sur la réduction du droit de recours des associations, augmentation des fouilles de sauvetage dû au boom de la construction, manque de temps pour l’élaboration des données acquises lors des fouilles d’urgence, insuffisance des structures nationales dans la mise en place de stratégies de recherche, de thèmes et de standards communs, coupes budgétaires, situation précaire de l’emploi pour de nombreux archéologues, réduction des effectifs des diverses associations, etc. Suite à un concours d’idées, plusieurs groupes de travail ont été mis en place, dont un groupe « Nouvelles  technologies et médias ». L’association HORIZONS 2015 a organisé une manifestation destinée à tracer un premier bilan des divers travers. Cette manifestation s’est tenue à Bâle le 18 janvier 2013.

http://www.horizont2015.ch

 Evaluation de la présence de l’archéologie suisse sur Internet

Le groupe de travail « Nouvelles  technologies et médias », dirigé par Robert Michel (@archeofacts), et dont je fais également partie, a pour mandat de réfléchir à l’utilisation des nouvelles technologies dans le domaine de l’archéologie suisse . Il a décidé de commencer ses travaux par un inventaire des ressources disponibles en ligne. Cet inventaire contient les sites Web des services cantonaux d’archéologie, des musées comportant une collection d’archéologie, des instituts universitaires d’archéologie, des organisations faîtières ainsi qu’un certain nombre de ressources en ligne liées à l’archéologie suisse.

Une fois l’inventaire établi, les différents sites ont été analysés selon une liste de critères : type de site (page d’information, site brochure, ressource), intégration dans un portail ou site indépendant, logique de la structure de navigation (thématique, organisationnelle, selon des tâches, géographique), présence d’actualités, de ressources en ligne (par ex. publications, rapports, …), de listes de liens vers d’autres sites, d’informations géo-localisées (par ex. carte archéologique), d’explications sur les méthodes de l’archéologie, d’informations concernant les procédures d’annonce de découverte ou les bases légales de l’archéologie.

Miroir de l’organisation de l’archéologie institutionnelle

Cette analyse des sites permet d’établir une première synthèse sur la présence de l’archéologie suisse sur Internet. Les informations disponibles sur le Web ne permettent pas de donner une image d’ensemble du thème en question. Elles constituent essentiellement un miroir de la manière dont l’archéologie est organisée, qu’il s’agisse d’archéologie préventive, de recherche académique ou de mise en valeur muséale. Le fédéralisme de la Suisse veut que l’archéologie préventive soit de la responsabilité des cantons. Il en va de même des universités. Quant aux musées, ils peuvent être intégrés dans une structure cantonale ou communale. Les sites d’organisations faîtières, sans doute pour respecter cette autonomie cantonale, se contentent de créer des liens vers les sites des diverses institutions. Il faut cependant être conscient que, pour une personne qui ne connaît pas le système suisse, la recherche d’information est quasi impossible. En effet, il faut savoir au préalable dans quel département de l’administration cantonale l’archéologie est intégrée ou dans quelle faculté d’une université elle est enseignée. Ainsi, presque tous les sites présentent des listes de publications et parfois les offrent en téléchargement en PDF. Ces publications sont éparpillées sur de nombreux sites. Une personne souhaitant s’informer sur le Néolithique suisse doit visiter donc tous les sites des services cantonaux d’archéologie. Il en va de même de la rubrique « Actualités » disponible dans la plupart des sites : il n’y aucun moyen de s’abonner à l’ensemble des actualités.

Plus grave encore, aucun des sites observés ne présente les principales périodes, cultures et objets représentatifs de l’archéologie de la Suisse dans une forme accessible au grand public et cela alors que les technologies de l’information permettent de mettre à disposition à peu de frais des informations sous des formes visuelles très attractives (frise chronologique, carte de géographie, galeries de photos par exemple).

Timeline MET

Timeline du MET (cliquer sur l’image pour agrandir)

Le matériel photographique de qualité est rare. Les différentes institutions rechignent à mettre à disposition des images d’objets qui appartiennent pourtant au domaine public et qui ont été trouvés, conservés et mis en valeur majoritairement grâce à des fonds publics.

Les informations géo-localisées sont rares et, d’une manière générale, l’information archéologique ne tire pas parti des technologies les plus récentes, comme les téléphones portables équipés d’un GPS ou la réalité augmentée. Il n’y a pas de traces non plus d’utilisation d’applications collaboratives (Web 2.0). A part dans certains musées, les médias sociaux sont très peu utilisés.

Méconnaissance de l’expérience de l’utilisateur

Si les spécialistes locaux de l’archéologie, qui savent comment elle est organisée, peuvent éventuellement se contenter de la situation actuelle, elle ne satisfait pas d’autres groupes d’utilisateurs, dont voici quelques exemples : chercheurs étrangers, grand public suisse et étranger, touristes potentiels, écoliers, gymnasiens et étudiants, journalistes, décideurs et bailleurs de fonds.

Si les institutions archéologiques elles-mêmes ne mettent pas à disposition une présentation synthétique et grand public de l’archéologie de la Suisse, la manière dont elles publient leurs données et l’absence d’une culture du partage de l’information constituent un véritable blocage qui empêche cette information d’être accessible via des plateformes extérieures très utilisées. Ainsi une recherche sur Google avec le terme « Archéologie de la Suisse » conduit directement vers les sites d’organisations faîtières qui ne contiennent justement aucune information thématique, se contentant de renvoyer vers les sites des institutions cantonales.

Recherche Google

Requête sur Google avec le terme “Archéologie de la Suisse” effectuée le 19.01.2013 (cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Pire encore, l’article « Archéologie suisse » dans Wikipédia, un des sites les plus consultés au monde, contient seulement une mention de la revue du même nom. Là non plus, aucune mention des principales périodes et cultures. Aussi bien sur Google que sur Wikipédia, on parvient à des résultats analogues avec des recherches en langue allemande.

Wikipédia "Archéologie suisse"

Page Wikipédia “Archéologie suisse” le 19.01.2013 (cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Des solutions ?

La présentation de ce premier bilan a provoqué une onde de choc lors de la rencontre de Bâle. En effet, chacun a pu prendre conscience qu’en dépit d’efforts louables, l’efficacité de la communication concernant l’archéologie de la Suisse à destination du grand public n’est guère efficace.

Pour remédier à cet état de fait, il faudrait effectuer une révolution culturelle. Il paraît en effet essentiel de sortir tout d’abord de la logique institutionnelle dans la communication à destination du grand public. Ensuite il faudrait adopter une attitude radicalement différente vis-à-vis des droits d’utilisation. Anecdote amusante : lors de la présentation de ces résultats, une personne dans le public a déclaré que lorsqu’il a demandé une photographie en version numérique à un musée, ce dernier lui a envoyé, en plus de la photo, une facture. Une représentante du musée en question s’est empressée de dire qu’il fallait prendre contact par téléphone pour avoir un rabais. Voilà qui rend la diffusion des informations singulièrement compliquée. Qu’on le veuille ou non, les découvertes archéologiques font partie du domaine public. Elles sont conservées, étudiées et mises en valeur grâce à des fonds publics. Il faut donc instaurer une culture du partage, en mettant à disposition des informations et des photographies sous des licences permettant leur réutilisation et utiliser les plateformes de partage de l’information les plus populaires comme Wikipédia ou Flickr. La nature et le format des informations pourraient aussi faire l’objet d’une réflexion : si la rigueur scientifique est de mise dans les publications à destination des archéologues professionnels, une approche journalistique et un accent mis sur des anecdotes illustrant le travail des archéologues et de ceux qui les entourent intéressera plus le grand public. Publier sur Internet ne suffit peut-être pas pour diffuser des informations. Les médias sociaux devraient être donc mieux exploités pour toucher un public plus vaste. Enfin il serait bon que les archéologues et notamment les étudiants en archéologie aient la possibilité d’acquérir des connaissances dans le domaine des nouvelles technologies.

Les solutions permettant de mettre en valeur l’archéologie de la Suisse sur Internet existent. Elles vont de l’amélioration des informations sur Wikipédia à la création d’un portail d’actualités de l’archéologie suisse en passant par la réalisation d’applications pour téléphones mobiles intelligents. Certaines n’entraînent aucun frais alors que d’autres supposent des ressources et un ancrage institutionnel. L’établissement d’un catalogue de solutions et de mesures est le but que ce groupe de travail  « Nouvelles  technologies et médias » doit maintenant poursuivre d’ici à 2015.

Lire encore à ce sujet une note sur le blog Archéo Facts tenu par Robert Michel.

Slides de la présentation

Le renouveau de l’éducation supérieure en ligne

Après ses études en Israël, Daphne Koller est partie aux Etats-Unis. Elle a fait son doctorat à l’Université de Stanford et, aujourd’hui encore, elle donne des cours dans le domaine de l’intelligence artificielle dans cette prestigieuse maison. Sebastian Thrun a fait ses études à Bonn, en Allemagne, avant de rejoindre les Etats-Unis. Il est également professeur à Stanford. En 2005, il a gagné le Darpa Grand Challenge,  une compétition mettant en jeu des véhicules terrestres sans pilote et autonomes. A part leur parcours à Stanford, un autre point commun réunit ces deux personnalités. Toutes deux ont fondé une plateforme d’enseignement à distance offrant des cours de niveau universitaire gratuits.

Coursera, créé par Daphne Koller et Andrew Ng, offre depuis avril 2012 des cours de prestigieuses université essentiellement américaines. Des hautes écoles d’autres continents apparaissent aussi dans la liste. Ainsi l’EPFL mettre à disposition les premiers cours en français. Les cours couvrent des champs divers, de l’informatique aux sciences sociales. Udacity, fondé par Sebastian Thrun, propose des cours essentiellement d’informatique, de physique ou de mathématiques. Le cours le plus célèbre est celui qui explique comment réaliser une voiture sans conducteur.

La formation à distance n’est pas nouvelle sur Internet. On peut même dire qu’elle a subit elle aussi le même sort que le commerce électronique sur Internet. Dès les débuts du Web, de nombreuses personnes ont pensé qu’Internet jouerait un rôle déterminant dans le commerce et dans l’éducation. Parallèlement au gonflement d’une bulle spéculative qui allait entraîner une première crise grave sur le net, de nombreux programmes et sites d’éducation ont vu le jour. La Suisse avait créé par exemple le Campus Virtuel, qui fut en fait une véritable déconfiture. Jacques Perriault a bien analysé les causes de cet échec dans son livre « L’accès au savoir en ligne » (2002). Les promoteurs de l’éducation sur Internet ne se sont pas intéressés à ce qui s’était déjà fait en matière d’éducation à distance, un domaine qui avait pourtant une longue tradition. Les échecs subis par les premières plateformes d’éducation ont fait long feu et il a fallu attendre longtemps jusqu’à ce que de nouvelles initiatives voient le jour. Seules se sont répandues les systèmes open source comme Moodle permettant à chacun de créer une classe virtuelle.

2012 voit donc l’émergence de plusieurs plateformes importantes. Le succès est immédiat. Lancée en avril, Coursera a plus de 2 millions d’utilisateurs en décembre. Un cours peut attirer entre 40’000 et 50’000 utilisateurs. Le seul cours pour lequel j’ai des données fait état de 2500 certifiés au terme du cours, ce qui représente 5%. Ce pourcentage est un excellent taux d’engagement en ligne, quand on songe à l’investissement en temps et en énergie nécessaire pour assimiler l’enseignement. Le premier cours offert par Udacity en 2011, consacré à la création d’une voiture auto-conduite et donné par Sebastian Thrun lui-même a réunit 160’000 étudiants du monde entier.

Les cours de Coursera et Udacity sont gratuits. Majoritairement en anglais (l’EPFL donnera tout de même un cours en français), ces cours sont très suivis par des étudiants de pays émergents qui n’ont pas accès à ce type d’éducation chez eux. Certains ont même pu trouver un job grâce à leur certificat. Ces nouvelles plateformes doivent maintenant trouver des modèles de financement pour assurer leur avenir. L’un consisterait à faire payer pour la certification seulement. Un autre donnerait la possibilité à de futurs employeurs de détecter des collaborateurs potentiels par rapport aux cours suivis avec succès.

2013 devra confirmer ce renouveau de l’éducation en ligne. J’ai, à titre personnel, suivi un cours de manière complète sur Coursera. Le cours s’intitulait Networked Life et il était donné par un professeur de l’Université de Pennsylvania, Michael Kearns. La matière était passionnante : structure et dynamique des réseaux. La pédagogie excellente : 3 à 4 vidéos de 15 minutes à suivre chaque semaine, des lectures complémentaires et un quizz correspondant à chaque vidéos. Les vidéos elles-mêmes ne montraient pas le professeurs, mais ses diapositives qu’il commentait en voix off et sur lesquelles il écrivait des notes supplémentaires. Petit raffinement sur Coursera, il est possible de ralentir le rythme de la vidéos, permettant à des non-anglophones de suivre plus facilement. Le sentiment de communauté se crée très vite autour d’un forum de discussion et même sur les médias sociaux. Dès qu’une difficulté apparaît, comme une question incomprise dans un quizz, le professeur et son équipe de modérateur peut réagir rapidement. Au terme du cours, j’ai obtenu mon certificat. J’en étais très heureuse, car cela avait supposé un gros investissement en temps et en énergie. Cependant j’ai le sentiment que les connaissances acquises me seront très utiles et je suis prête à recommencer.

Coursera

 

Coursera: http://www.coursera.org/

Udacity: http://www.udacity.com/

Calendrier de l’Avent 2012

Le Calendrier de l’Avent 2012 est consacré à l’âne. Cet animal, à la fois humble et têtu, fait partie de l’imagerie de Noël. Il réchauffe l’enfant Jésus dans sa modeste couche. Il accompagne la Sainte Famille dans sa fuite en Egypte. Ces épisodes des Evangiles ont inspiré des artistes, de même que l’arrivée de Jésus à Jérusalem sur un âne le dimanche précédent sa mort. Mais l’âne est aussi un animal domestique, chargé de lourdes tâches accompagnant les humains dans leurs destins heureux ou malheureux. Il est aussi la monture favorite des enfants. Sous tous ces aspects, il est devenu un sujet pour les peintres. Ce calendrier de l’Avent lui rend hommage.

Luc Olivier Merson, Repos pendant la fuite en Egypte, 1879, Museum of Fine Arts

On peut découvrir ce Calendrier de l’Avent sous plusieurs formes:

  • Web: le calendrier est intégré dans une page de ce blog.
  • La version intégrée dans le blog présente des détails des peintures sélectionnées. Les peintures complètes sont à découvrir chaque jour dans Pinterest.
  • Nos premiers calendriers de l’Avent ont été créés dans Second Life. Nous maintenons encore la tradition cette année. Vous pouvez découvrir une version géante du calendrier dans le cadre idyllique du Monastère, décoré pour la période de Noël. Deux ânes vous y attendent.

Calendrier de l'Avent 2012

Nous vous souhaitons beaucoup de plaisir avec ce calendrier de l’Avent. Quant aux petits curieux qui chercheront à découvrir les images en avance, ils en seront pour leurs frais. En effet, l’âne est une image couramment utilisée comme métaphore de certains défauts humains.

Lascaux 1, 2, 3 et peut-être 4

Une exposition consacrée à Lascaux se tient à Bordeaux du 13 octobre 2012 au 6 janvier 2013 (Cap Sciences, Bordeaux – Hangar 20, Quai de Bacalan). Elle entamera ensuite une tournée mondiale dont les deux premières étapes sont Chicago et Montréal. De nombreux musées ont manifesté leur intérêt pour recevoir cette exposition pour quelques mois. Ce projet a été réalisé par le Conseil général de la Dordogne, avec la participation financière du Conseil Régional d’Aquitaine, du Ministère français de la Culture et de la Communication et de l’Union européenne.

http://lascaux-cap-sciences.net

Affiche de l'exposition Lascaux

Pour rappel, Lascaux, découverte en 1940, a été fermée au public en 1963 par André Malraux, alors ministre de la culture, à cause des détériorations provoquées par la présence humaine sur les fragiles peintures préhistoriques. La présente exposition constitue en fait un Lascaux 3, faisant suite à la reconstitution qui se trouve près de la grotte de Lascaux dans le Périgord. Les visiteurs pourront découvrir les panneaux grandeur nature dans une grotte dont l’éclairage a été créé de manière à reproduire celui des lampes à huiles et des torches utilisés par les hommes de Cro-Magnon, il y a 20’000 ans. Ces panneaux représentent des parois ornées de la Nef et de la scène du Puits, dont deux sont inédites:

  • Le Panneau de l’Empreinte
  • La Vache Noire
  • Les Bisons adossés
  • La frise des Cerfs
  • La scène du Puits

Les restaurateurs ont utilisé les mêmes pigments que les artistes de Lascaux. Le support est une coque de résine sur lequel est appliqué une partie minérale. Des moulages d’objets originaux de Lascaux (pointes, sagaies, la célèbre lampe en grès rose…), ainsi que des reconstitutions anatomiques d’une famille de Cro-Magnon sont également présentés. À partir d’un modèle virtuel de la grotte, composé de milliards de points géo-référencés relevés au laser, le réalisateur Maurice Bunion a conçu un film en 3D, que les visiteurs pourront voir avec des lunettes et qui sera projeté sur un écran spécial.

Un Lascaux 4 en préparation

Le Centre international d’art pariétal est un projet visant à construire un fac-similé complet de Lascaux (Lascaux 4), alors que Lascaux 2 n’en représente que 50%. Un bâtiment de de 7 800 m² pouvant accueillir 400 000 visiteurs par an est prévu. Malheureusement, le gouvernement français vient de se désengager de ce projet et ses initiateurs cherchent de nouveaux financement, dans le privé notamment.

Lascaux

Le recours aux substituts

L’exemple de Lascaux nous le rappelle. Le recours à des substituts, des copies, des fac-similés, des reconstitutions, est parfois une nécessité. La visite d’un site comme Lascaux n’est simplement pas possible. Ce n’est pas le seul site inaccessible. Que l’on songe à cet autre monument de l’art pariétal qu’est la grotte de Cosquer. Même si elle était ouverte au public, il faudrait encore être un plongeur expérimenté pour y parvenir. Les musées recèlent aussi de nombreux objets qui ne peuvent pas être exposés ou seulement pour des périodes limitées. D’autres ne peuvent pas être transportés, car trop fragiles. Le substitut constitue donc un moyen de présenter ou de faire connaître de telles oeuvres. Il est évident que la présence de l’original peut provoquer une émotion intense, alors qu’une copie permet simplement d’en prendre connaissance. Comme on le voit avec la recréation de l’éclairage d’origine ou un film en 3D dans cette nouvelle exposition consacrée à Lascaux, les nouvelles technologies permettent aussi de faire de la visite d’un fac-similé une expérience inoubliable. La réalité augmentée permet même d’ajouter ce que le temps a effacé. Dès lors, il ne s’agit plus de simples copies, mais de substituts prolongeant le réel. Le danger de ces technologies est sans doute de banaliser la réalité, de la rendre inintéressante face à l’immersion dans un univers virtualité. En même temps, elles permettent de mettre en valeur le patrimoine dans un grand public de plus en plus habitué aux grandes sensations du cinéma 3D.

Le musée virtuel

Une étudiante m’a adressé un questionnaire sur le musée virtuel. Je publie ici les réponses que je lui ai faites.

Pouvez-vous m’expliquer en quoi consiste votre travail ?

J’ai étudié l’archéologie, le grec ancien et le latin à l’Université de Neuchâtel en Suisse. J’ai ensuite étudié l’anthropologie religieuse à l’Université de Paris IV. Professionnellement, je suis responsable des sites Internet d’un département de l’administration fédérale suisse, l’équivalent de vos ministères. Il y a quelques années, j’ai fait un Mastère en administration publique à l’Institut des Hautes études en administration publique à Lausanne. C’est à ce moment-là que je me suis intéressée au musée virtuel. Pour mon travail de diplôme[1], je voulais concilier mon domaine professionnel et mes études. J’ai fait une étude sur l’utilisation d’Internet par les musées suisses. La Suisse compte presque 1000 musées. C’est le pays au monde qui a la plus haute densité de musées par habitant. J’ai constaté que l’usage d’Internet se limitait essentiellement à la communication institutionnelle. Les musées suisses sont nombreux, mais de taille moyenne ou petite. Ils n’ont souvent pas la possibilité d’investir des moyens dans des projets de mise en ligne de leurs collections. J’ai proposé qu’ils s’allient pour publier leurs collections en ligne, ce qui va dans le sens d’un musée virtuel. Le Canada a créé un musée virtuel qui constitue un très bon modèle, mais qui est resté une expérience plutôt unique[2].

Après avoir terminé mon Mastère, j’ai ouvert un blog[3] pour continuer de travailler sur ce thème, j’ai écrit quelques articles, donné des cours et des conférences[4]. Je suis aussi active dans les médias sociaux.

Quelle est votre conception d’un musée virtuel ? 

La réponse à cette question dépend du sens que l’on donne au terme virtuel. Dans le domaine informatique, notamment dans celui du développement 3D et des jeux, on a utilisé ce terme pour désigner des univers ou des créatures dont le comportement correspond en partie au monde réel. On parle aussi d’images de synthèse. De ce fait, virtuel est souvent entendu comme factice, irréel, lié à l’illusion. Pour ma part, j’adopte la définition issue de la philosophie scholastique et reprise par Pierre Lévy, dans son ouvrage « Qu’est-ce que le virtuel ? »[5] :

Le mot virtuel vient du latin médiéval virtualis, lui-même issu de virtus, force, puissance. Dans la philosophie scolastique, est virtuel ce qui existe en puissance et non en acte. Le virtuel tend à s’actualiser, sans être passé cependant à la concrétisation effective ou formelle. L’arbre est virtuellement présent dans la graine. En toute rigueur philosophique, le virtuel ne s’oppose pas au réel mais à l’actuel : virtualité et actualité sont seulement deux manières d’être différentes.

Pour plus de détails : http://be-virtual.ch/blog/?page_id=34

Un musée virtuel n’est donc pas un ersatz de musée réel, une pâle copie de ce que l’on peut trouver dans le monde réel. Le musée virtuel transcende les musées de briques et de ciment, limités à leurs murs et à leurs collections (qui sont constituées d’une suite de hasards) pour permettre des regroupements que seul l’esprit pouvait opérer autrefois. Il existe plusieurs possibilités de mettre en place un musée virtuel. Malraux voyait la photographie comme un moyen de réunir ce que des musées avaient séparés. Les technologies de l’information constituent un outil puissant de virtualisation du patrimoine. Il est possible de réunir les œuvres d’un même artiste en les numérisant. L’œuvre de Paul Klee a par exemple entièrement été numérisée par le Centre Paul Klee (Berne, en Suisse), y compris les œuvres issues de collections privées[6]. La collection numérisée est consultation au Centre.

Grâce aux technologies de l’information, il est possible de réunir des œuvres ou des objets selon différentes logiques : chronologique, thématique, géographique, et cela sans les changer de vitrine, sans les déplacer avec des frais d’assurance onéreux. Cette virtualisation est possible à l’intérieur de la collection d’un musée ou bien à l’échelle d’une région, d’un pays (c’est-à-dire au-delà des institutions muséales).

Grâce à la virtualisation des collections, il est aussi possible de créer des expositions virtuelles en ligne ou bien de laisser le public devenir dans une certaine mesure un curateur, en lui donnant la possibilité de créer ses propres galeries.

Quel est pour vous l’avantage pour un musée physique d’avoir une visite virtuelle du musée, ainsi qu’un musée virtuel ? Est-ce une image de marque, de différenciation des ses concurrents ?

Si on entend par visite virtuelle du musée, la possibilité, pour un internaute, de visiter les différentes salles d’un musée à la manière de Google Street View, les avantages sont relativement restreints. La visite virtuelle permet au public distant de découvrir le musée tel qu’il se présente et éventuellement de préparer ou de se remémorer une visite.

Un musée virtuel dans le sens décrit ci-dessus semble plus intéressant. Seule une petite partie des collections sont présentées dans les salles des musées. D’autres sont prêtées pour des expositions. Beaucoup de pièces dorment dans des dépôts et sont difficilement accessibles. Un musée virtuel permet de les découvrir.

Un musée virtuel permet aussi de mettre en valeur les pièces d’un musée et cela de diverses manières :

  • en créant des expositions virtuelles
  • en laissant le public « s’approprier » les collections en ligne : en créant des galeries, en partageant des œuvres avec des amis ou sur les médias sociaux, à travers des applications permettant d’associer des œuvres avec différents critères, …
  • en offrant des fonctionnalités permettant de visualiser les objets de manière différente : visualisation en 3D, zoom, …
  • en donnant la possibilité d’accéder à plusieurs couches d’informations liées aux pièces du musée, y compris à des méta-informations et des informations contextuelles,
  • en créant des manières visuelles d’accéder aux œuvres : frise chronologique, carte géographique, etc.
  • en mettant à disposition des outils de recherche et un dossier personnel pour conserver ses recherches (essentiellement pour les chercheurs)

Cette liste n’est pas exhaustive, mais elle montre à quel point un musée virtuel peut multiplier les possibilités de découverte d’une collection. Cette expérience ne remplace en rien la visite dans le musée réelle. Elle en constitue un complément.

Evidemment un tel musée virtuel peut ne dépendre d’aucun musée ou alors constituer une collaboration entre plusieurs musées. Un musée peut aussi décider de virtualiser sa propre collection, en mettant en valeur des pièces d’une autre manière qu’en les présentant dans les salles, en montrant des pièces qui sont dans les dépôts, en liant des pièces avec celles d’autres musées.

Un musée virtuel bien fait contribue certainement à la bonne réputation d’un musée, mais l’absence de musée virtuel ne lui nuit pas de manière définitive. En revanche, la forme du musée virtuel s’impose sur Internet comme un outil de marketing. Plusieurs entreprises présentent leur histoire de cette manière et Intel a créé un véritable buzz avec son projet « Museum of me »[7]. Adobe a créé un musée d’art contemporain en ligne[8].

Quels peuvent être les effets négatifs pour le musée d’avoir un musée virtuel ou une visite virtuelle ?

Je n’ai jamais entendu dire qu’on avait constaté une baisse de la fréquentation d’un musée parce que sa collection était disponible en ligne. Plus je travaille sur ce thème, plus je pense qu’il s’agit de deux expériences différentes sans aucune contradiction.

Le point noir réside certainement dans les coûts de développement et de maintien d’un musée virtuel.

Les musées sont en règle général frileux en ce qui concerne la mise à disposition de matériel photographique en ligne. Ils craignent que ces photos soient récupérées, réutilisées. Personnellement je trouve que c’est un tort. Dans le monde réel, la valeur est liée à la rareté, alors que dans le monde numérique, la diffusion de nombreuses copies sur Internet est un signe de succès. Internet et les technologies de l’information ont provoqué l’ouverture d’un débat sur la propriété intellectuelle. Sur Internet, de nombreux utilisateurs sont adeptes des licences « domaine public » ou à la carte (Creative Commons). De nombreux objets qui se trouvent dans les musées sont dans le domaine public. De plus, leur conservation et leur présentation sont financées par des fonds publics, soit l’argent du contribuable. Pourquoi leur image ne serait pas à la disposition des internautes pour que ces derniers puissent les réutiliser (par exemple pour illustrer une note de blog) ? Certains musées n’hésitent pas à publier des séries de commons dans Flickr ou Wikipedia, pour faire connaître leur collection[9].

Quel est l’avenir des musées s’ils n’intègrent pas les nouvelles technologies sur leur site Internet ?

Pour répondre à cette question, il faut partir des différents missions d’un musée. En principe, un musée a pour buts de collecter, conserver, étudier et mettre en valeur des pièces appartenant au patrimoine. Ce sont des buts qui font consensus parmi les spécialistes des musées[10]. Les nouvelles technologies contribuent essentiellement à la mise en valeur des collections, comme je l’ai montré plus haut. Elles peuvent dans une certaine mesure contribuer aux autres buts, mais de manière moins significative. On peut, par exemple, considérer la numérisation comme un moyen de conservation. Les technologies de l’information servent aussi à la recherche et à la diffusion de ses résultats. Enfin le marché de l’art est assez actif sur Internet et on peut y découvrir des objets en vente. La diffusion sur Internet d’œuvres volées permet aussi de les identifier.

Les musées ont des buts qui leur sont assignés par d’autres acteurs. Ainsi ils jouent un rôle essentiel dans les projets d’urbanisme. Ce but leur est assigné par les villes, les régions, les collectivités publiques. La revitalisation d’un quartier peut englober la construction d’un musée, qui est en même temps une œuvre architecturale d’importance. Dans une étude menée en Suisse auprès des visiteurs des musées, ces derniers sont nombreux à voir la visite d’un musée comme une activité sociale. Le musée est de plus en plus un lieu de sociabilité : on y va en couple, en famille, avec des amis[11]. Les activités annexes d’un musée prennent de l’importance au détriment des surfaces d’exposition : boutique, cafétéria, auditorium, activités pour les enfants, conférences, etc. Cela montre bien que le musée en tant que lieu n’est pas mis en danger par la numérisation de ses collections. En revanche, on peut se demander ce que les visiteurs retiennent vraiment de la visite d’un musée et si l’exposition en salle est le meilleur moyen de faire connaître une œuvre[12].

Les réflexions sur le musée virtuel ont fait naître un débat sur la question de l’original, sacralisé, et des substituts[13]. Dans le passé, de nombreux musées présentaient des copies. Que l’on songe aux musées de moulage. Cette pratique ne choquait personne et permettait de diffuser des œuvres à une époque où les gens voyageaient moins.

En conséquence, les musées resteront des lieux de visite et de socialisation. En revanche, si un musée veut vraiment faire connaître ses collections auprès d’un public plus large, au-delà du cercle de ses visiteurs, il a intérêt à avoir recours aux technologies de l’information et à mettre en valeur des œuvres sur Internet.

A qui est destiné le musée virtuel/visite virtuelle ? Est-ce le même public que dans le musée in situ ou bien d’autre ?

Le musée virtuel s’adresse à des personnes actives sur Internet. Il peut s’agir de personnes curieuses ou de spécialistes. Dans une certaine mesure, il s’agit du même public qui se rend dans les musées, intéressé par la culture. Cependant il s’agit d’expériences différentes, faites à des moments différents.

Il faut aussi penser que le musée virtuel permet de rendre le musée accessible à des personnes qui n’auront jamais l’occasion de s’y rendre en personne : personnes venant d’autres contrées et qui n’ont pas ou peu de moyens de voyager, personnes handicapées, etc. De plus, les ressources en ligne constituent une source importante d’information pour les enseignants.

Que pensez-vous de l’intégration du public dans le musée virtuel? Et de l’extension des musées sur les réseaux sociaux ?

Il s’agit d’un développement important et non pas d’un effet de mode. Les médias sociaux sont à utiliser à deux niveaux. Tout d’abord ils contribuent à la communication institutionnelle. En effet, avoir un site Internet ne garantit pas que le public le trouve et le consulte. Etre présent sur les réseaux sociaux permet de toucher un public plus large et de faire connaître son offre en ligne.

Ensuite, les musées peuvent intégrer ces médias sociaux dans leurs propres processus. L’intégration de fonctionnalités inspirées des médias sociaux donne la possibilité au public de s’impliquer et devenir, dans une certaine mesure, un curateur, en mettant en évidence ses préférences pour certaines œuvres (même si les critères du public et des experts divergent). L’exemple le plus évident est celui de l’indexation sociale ou folksonomy : cette fonctionnalité permet aux internautes d’attribuer des mots-clés aux objets du musée présentés en ligne.

Enfin, une muséographie virtuelle ou une curation virtuelle utilisant les techniques du crowdsourcing émerge sur Internet, hors du contexte muséal classique. Elle ne s’intéresse pas forcément au contenu des objets culturels classiques, mais à la culture digitale[14]. Une chercheuse australienne a montré que YouTube était (entre autres choses) un musée virtuel de la télévision dont le curateur était l’ensemble de ses utilisateurs[15]. Par le fait de l’intelligence collective, des émissions remarquables ont été proposées, sélectionnées et mise en valeur.

Un musée virtuel ou bien une visite virtuelle sont-ils des effets de mode ou sont-ils voués à disparaître ?

Les technologies permettant de créer visites virtuelles répondent en partie à des effets de mode. On est passé des panoramas 360 degrés à la présentation dans le style de Street View.

Un musée virtuel n’est pas un effet de mode. Le musée virtuel a précédé Internet. Le patrimoine est en fait un musée virtuel qui s’actualise sous diverses formes : un musée de briques et de ciment,  une publication avec des photos, un musée des moulages ou un musée virtuel sur Internet en constituent des actualisations. Chacun a un musée virtuel dans sa tête et peut essayer de l’actualiser. Un conservateur de musée peut avoir des présentations virtuelles alternatives à celles des vitrines de ses collections. Les technologies de l’information ont cependant une telle flexibilité qu’elles donnent aux collections en ligne des propriétés de virtualisation. Ainsi le moteur de recherche permet d’actualiser une série d’œuvres correspondant à un certain critère. Ces technologies de l’information continuent à questionner.

Une des tendances très actuelles est la réalité augmentée. Avec l’essor des téléphones portables, il est possible d’accéder à des informations liées au lieu dans lequel on se trouve et même de les visualiser. Il s’agit d’une technologie pleine de promesses pour la mise en valeur du patrimoine in situ.

De manière globale, les technologies de l’information ne constituent pas un effet de mode, mais une révolution. Que l’on songe à toutes les activités qui ont été profondément modifiées par Internet : communication, presse, commerce, tourisme, musique, etc. Comment les musées pourraient-ils échapper à cette tendance ? Ils ne sont pas en danger en tant que lieu, mais Internet interroge leurs pratiques dans le domaine de la valorisation du patrimoine.


[5] Pierre Lévy, Qu’est-ce que le virtuel ?, La Découverte, Paris, 1995

[11] Arlette Mottaz Baran, Publics et musées en Suisse: représentations emblématiques et rituel social, Peter Lang, 2005

[12] Sur cette question, voir Francesco Antinucci, Musei virtuali: come non fare innovazione tecnologica, Laterza, 2007

[13] Sur cerre question, voir Bernard Deloche, Le musée virtuel: vers une éthique des nouvelles images, Presses universitaires de France, 2001

[14] Voir ma contribution dans Roger Gaillard, Exposer des idées, questionner des savoirs. Les enjeux d’une culture de sciences citoyennes, Neuchâtel, 2010

Fly me to me moon

Au moment où le monde entier s’extasie de voir un petit robot, Curiosity, explorer les cailloux martiens à coup de rayons laser, Neil Armstrong, le premier humain à avoir foulé le sol lunaire, à avoir marché sur un autre corps céleste que la Terre, meurt à l’âge 82 ans. La coïncidence de ces deux événements peut nous inciter à réfléchir au sens de la recherche spatiale pour l’humanité. Neil Armstrong a acquis une stature héroïque qui le met au niveau d’un Christophe Colomb. Oubliés les milliers d’ingénieurs qui ont oeuvré à la construction de fusées pour permettre son exploit. C’est lui et lui seul dont le nom restera inscrit dans les livres d’histoire. On aurait cependant tort de minimiser son exploit. Quand on voit, avec le recul, ce qu’était une fusée Saturne ou bien quand on repense à la structure du LEM, le véhicule qui alunissait et dont la partie supérieure permettait de repartir, on mesure le courage qu’il fallait pour s’embarquer dans cette aventure. Alors que nous envoyons des robots explorer les planètes du système solaire, les hommes qui sont partis à la conquête de l’espace et de la lune avaient tous une carrure d’exception. A la fois pilotes d’essai, pilotes militaires et ingénieurs, ils avaient des curriculum à faire pâlir. Pour se rendre compte de leur état d’esprit, il faut voir le film “L’étoffe des héros”. Ils voulaient voler plus vite, plus haut, plus loin, et cela dans le contexte de la guerre froide et d’une folle émulation entre Américains et Russes. L’honneur de poser le pied sur la lune aurait pu échoir à n’importe lequel de ces hommes, mais ce fut Neil Armstrong. Il semble qu’il fut choisi parce qu’au moment du vol d’Apollo XI, Armstrong était un civil. Or les Américains avaient proclamé, sur une plaque fixée sur la base du LEM, et qui se trouve toujours sur la Lune, qu’ils venaient en paix au nom de l’humanité. Au-delà de la stature de héros, qu’il n’a jamais endossé complètement, Neil Armstrong était un homme humble. Il a toujours pensé qu’il n’avait qu’accompli son devoir et il ne cherchait pas à en retirer une gloire personnelle. La mort de Neil Armstrong, c’est peut-être aussi la mort d’une certaine conception de l’aventure humaine. Nous avons atteint un tel stade d’individualisme que bien peu de gens arrivent encore à s’identifier à un projet qui les dépassent et qui ne se réalisera peut-être pas de leur vivant ou bien à un projet nécessitant un haut taux d’abnégation et une grande part de risque. Comme les astronautes des années 60, les marins de l’époque des grandes découvertes avaient cet esprit aventureux. L’homme a sans cesse repoussé les limites de son univers, mais maintenant il cherche à le faire de manière virtuelle, par le biais de simulations ou en utilisant des robots.

Neil Armstrong

C’est certainement pour cela que la mort de Neil Armstrong m’a attristée. Les images de cet homme engoncé dans son scaphandre spatiale, sautillant sur la surface désolée de la lune en ramassant des cailloux m’ont fait rêver durant mon enfance. Mais la réalisation des rêves que la conquête de la Lune a suscités, comme le voyage vers Mars, est bien lointaine. J’ai appris la mort de l’astronaute sur Twitter, au moment où j’assistais à un concert dans Second Life (que de virtualités). J’ai demandé à la chanteuse d’interpréter la chanson de Frank Sinitra “Fly me to the Moon” en souvenir de lui, ce qu’elle a accepté de faire. Et hier, en allant assister à un spectacle sous la forme d’un banquet antique sous les étoiles, j’ai fait un clin d’oeil à la lune, comme l’a demandé la famille de l’astronaute à ceux qui souhaitait honorer sa mémoire.

Jeux Olympiques des musées

Les grands événements attirent l’attention et constituent toujours une bonne occasion de diffuser la culture auprès d’un public plus large. Les Jeux Olympiques n’échappent pas à cette règle. Un groupe de musées californiens a lancé une initiative intéressante et ludique sur Twitter pour encourager la diffusion d’oeuvres d’art plus ou moins liées au thème des Jeux olympiques et du sport. Ils ont créé un hashtag #MuseumOlympics grâce auquel les musées participants pouvaient partager des photos. De nombreux musées nord-américains se sont prêtés au jeu. C’est ainsi que des objets ou des représentations évoquant des postures d’athlètes ont été mis en ligne. Ci-dessous, un fragment de cuillère égyptienne rappelant une nageuse publiée par le Harvard Art Museum.

Source: harvardartmuseums.org via Harvard Art on Pinterest

Le classement de ces joutes, qui ont permis la diffusion d’environ un millier d’oeuvres, a été publié sous la forme d’un podium olympique:

Classement

Vous trouverez tous les résultats sur le site de Museum Olympics: http://external.ybca.org/museumolympics/.

Web TV

Après plus de 15 ans de bons et loyaux services, ma télévision a pris sa retraite. Il s’agissait encore d’un modèle avec un tube cathodique, d’une taille relativement modeste. Autant dire que son successeur, quel qu’il soit, sera plus impressionnant.

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Je me disais qu’un simple téléviseur à écran plat ferait l’affaire. Mais en me promenant dans les travées d’un magasin multimédia, j’ai été frappée par un modèle. Non seulement il s’agissait d’une smart tv, c’est-à-dire d’une télévision qui peut accéder à Internet, mais en plus elle était dotée de commandes vocale et gestuelle. J’ai craqué. L’objet ramené à la maison, j’ai débarrassé vite fait les bibelots de la cheminée. C’est là qu’elle trône maintenant. Les essais n’ont pas été décevants. Bien entendu, on peut faire l’expérience du 3D. Dans ce domaine, les retransmissions des Jeux olympiques de Londres nous gâtent. Presque tout est en 3D. Essayez la natation ou le vélo! Les ralentis sont bluffants. Et on ne parle pas de la F1! Mais l’accès à Internet se révèle très intéressant. La télévision est munie d’un navigateur qui permet de surfer sur n’importe quel site. Pour le gérer, on peut utiliser la télécommande, ce qui est un peu pénible. La commande par geste est plus rapide, quand on a de l’exercice. On peut aussi connecter des tablettes ou des smartphones. Enfin il est aussi possible de connecter un clavier USB. Le plus intéressant est le monde des applications. Il est possible d’installer une application permettant, contre payement, d’assister depuis son salon à un concert d’un orchestre symphonique de renom en direct. Bref, cette télévision n’a plus grand chose à voir avec le tube cathodique de grand-papa. Elle permet au téléspectateur d’être actif. Figurez qu’avant l’achat de cet appareil, la télévision constituait pour moi une sorte de somnifère. J’arrivais rarement au bout d’un épisode des Experts ou bien je fusionnais deux épisodes en un (avec quelques contradictions dans l’intrigue). Depuis que cette smart tv trône dans mon salon, Morphée a perdu toutes ses batailles. Peu importe sa marque (en l’occurence, il s’agit d’une marque coréenne), elle démontre une fois de plus que l’avenir d’Internet ne réside pas seulement dans les ordinateurs. Au fait, je dois encore tester Skype sur ma nouvelle télé!

Pinterest: le plus muséal des réseaux sociaux

Flickr est un site de partage d’images avec des fonctionnalités sociales qui avait certainement une vocation muséale. Il a réuni en quelques années plusieurs milliards d’images que ses utilisateurs ont indexées. You Tube est devenu une sorte de musée de la télévision dont le curateur est l’ensemble de ses contributeurs. Avec l’arrivée de Pinterest, voici un nouvel acteur dans les réseaux sociaux à vocation muséale. Pinterest permet de partager les images présentes sur le Web qui nous ont frappé ou les images des utilisateurs. Le résultat est magnifique: des images de grande beauté sur la page d’entrée, comme si un curateur les avait choisi. En fait de curateur, c’est la communauté qui les choisit. Cette prépondérance de l’esthétique explique peut-être pourquoi Europeana, la ressource virtuelle de l’Europe en matière de musée virtuel a choisi d’être présente sur Pinterest. Le résultat? Plusieurs galeries d’images sur des thèmes comme l’art nouveau, Barcelone dans le passé , …

Europeana in Pinterest

http://pinterest.com/europeana/

Leçon d’astronomie grâce à la réalité augmentée

Quoi de plus romantique que d’admirer les étoiles dans le ciel nocturne ? C’est encore mieux quand on connaît le nom des constellations et des divers corps célestes. Le petit manuel d’astronomie et la lampe de poche, c’est désormais fini. Il suffit de se munir de son iPhone ou de son iPad, d’installer l’application “Carte du ciel” et de se coucher sous les étoiles. L’écran montre tous les corps célestes qui se trouvent dans la direction où il est pointé. L’utilisateur peut faire apparaître des informations en surimpression à propos de chaque étoile ou planète. Il est possible aussi d’agrandir la partie du ciel observée ou de visualiser certains objets comme la lune, le soleil, les planètes en 3D.

Carte du ciel

Application Carte du ciel disponible dans iTunes

Cette application est un exemple de réalité augmentée, c’est-à-dire la superposition d’informations sous forme de texte, d’image ou d’objets en 3D à ce que nous percevons de la réalité et ceci en temps réel. La réalité augmentée semblait hors de portée il y a quelques années, quand il fallait de lourds dispositifs pour en faire l’expérience. Je me souviens d’avoir essayé un système de réalité augmentée il y a une dizaine d’année à Ars Electronica, à Linz en Autriche. J’ai enfilé une combinaison par laquelle j’étais suspendue. Je portais un casque avec des lunettes qui étaient en fait des écrans sur lesquels je me voyais voler sur un paysage urbain futuriste.

Ars Electronica

Ars Electronica

Mais grâce aux tablettes et aux téléphones portables, c’est une époque révolue. Les programmeurs ont su tirer parti d’éléments comme le GPS, la boussole, l’accéléromètre (pour situer l’appareil dans l’espace en temps réel), l’écran, l’appareil photo ou la caméra (pour la superposition d’informations). La réalité augmentée peut avoir de multiples usages: guides touristiques, reconstitutions de monuments antiques, éducation, art, etc. Gageons qu’elle va prendre une place de plus en plus grande dans notre paysage informationnelle.