D’un simple geste

Il y a quelques jours, j’ai installé le logiciel Flutter sur mon ordinateur. Grâce à lui, je peux démarrer ou stopper la musique que j’écoute sur iTunes d’un simple geste de la main. Il suffit de placer la paume devant la webcam pour obtenir un effet. Et c’est très pratique. Vous écoutez de la musique tout en écrivant un texte alors que le téléphone sonne. Il n’est plus nécessaire d’ouvrir iTunes. Il suffit de lever une main pour faire cesser la musique tout en décrochant le téléphone de l’autre main.

Depuis longtemps, écrans et claviers accompagnent invariablement l’ordinateur au point que la plupart des gens pensent que ces éléments en font partie. Pourtant ces accessoires ne sont pas toujours nécessaires. En d’autres termes, il existe diverses manières d’interagir avec une machine. Le geste constitue sans doute l’une de ces manières. Le succès de la Kinect en témoigne. Ce périphérique permet de contrôler des jeux vidéo sans utiliser de manette. Il est destiné à la Xbox, mais il a été détourné de multiples manières. Il existe aussi une grande variété d’accessoires, comme le joystick ou tout ce qui a pu être conçu pour une autre console de jeu, la Wii. Enfin les tablettes et les smartphones illustrent bien comment on peut se passer d’un clavier.

La voix permet également d’interagir avec un ordinateur et cela depuis longtemps. Siri a mis en évidence cette possibilité sur iPhone. Les ordinateurs sont aussi capables de parler. Ainsi les personnes aveugles peuvent utiliser un ordinateur ou accéder aux données sur Internet, car ils reçoivent toutes les informations à travers la voix synthétique de l’ordinateur. Le fameux lapin Nabaztag pouvait lire les courriers électroniques et les fils RSS. Il serait du reste tout à fait envisageable d’arriver au bureau et d’entendre une voix lire les principaux messages reçus et donner la liste des rendez-vous de la journée.

Des essais sont en cours maintenant afin d’utiliser la pensée pour manoeuvrer un appareil. Cet usage est surtout envisagé en médecine: grâce à un tel dispositif, un patient peut guider une prothèse (lire cet article).

On a conçu pendant trop longtemps l’ordinateur comme un appareil de bureau, obligeant des humains à passer un temps énorme assis devant un écran. Mais il est possible d’interagir différemment avec Internet, de l’intégrer aux objets du quotidien et de garder ses mains libres.

Mains libres

 

Photo: Flickr

Second Life est-il mort?

Lors d’une réunion, j’ai entendu quelqu’un prendre Second Life comme exemple d’une application qui a eu un immense succès, puis a disparu. Ceux qui affirment cela ne prennent pas souvent la peine de vérifier leurs dire. Second Life continue à exister et à s’améliorer. Il est désormais possible d’utiliser des éléments de construction plus grands, ce qui permet d’économiser les fameux “primitives” ou formes fondamentales, qui sont limités sur une surface donnée. Les meshes peuvent être importés et employés pour créer des objets sophistiqués ou même des vêtements. Cela permet essentiellement de travailler en dehors du monde virtuel, puis d’importer ses créations. Linden Lab déploie des efforts pour créer une communauté et pour mettre en valeur les lieux les plus intéressants sur son guide des destinations.

J’ai donc décidé de reconstruire mes deux principales bâtisses dans Second Life. L’une est la Domus Arriana, du nom de mon avatar. Son plan s’inspire des villas urbaines d’Herculanum. La demeure est bâtie en longueur et possède un jardin à péristyle. Dans le triclinium, j’ai mis sur les murs les peintures de la Villa des Mystères de Pompéi. Le mobilier provient en grande partie du magasin de mon amie Alexia.

Domus Arriana

Domus Arriana

Domus Arriana

Domus Arriana

Domus Arriana

Domus Arriana

J’ai également entrepris une restauration du Monastère. J’ai l’intention de rénover le bâtiment, tout en laissant quelques éléments de la bâtisse originale. Pour l’instant, la bibliothèque, la salle de réunion et la crypte ont été refaits. L’intérieur de la chapelle a été entière restauré, mais le bâtiment lui-même doit encore l’être.

Monastère

Bibliothèque du Monastère

Crypte du Monastère

Salle de réunion

Chapelle du Monastère

Le travail de construction a beaucoup changé. De nombreuses créateurs proposent des éléments de construction: colonnes, cadres de fenêtre, portes, toits, … On devient de plus en plus un assembleur. Cela rehausse bien sûr la qualité des bâtiments ainsi que du mobilier.

L’avenir de Second Life est difficile à prédire. La récession américaine se fat durement ressentir. De nombreux sims ont été abandonnés. Mais le monde virtuel est financé essentiellement grâce à la location des terrains et aux transactions commerciales sur la plateforme d’achat SLMarket. En revanche, les technologies 3D ont un avenir. Depuis peu, le cinéma en 3D a suscité l’engouement. Les utilisateurs se sont habitués à voir les objets sous tous les angles. Pour la mise en valeur de certains types d’information, la 3D est particulièrement intéressante.

 

Virtual Broad Art Museum

Eli et Edythe Broad consacrent une partie de leur immense fortune à des projets liés à l’éducation, la science et les arts. Grâce à un don de 26 millions de dollars, l’Université d’Etat du Michigan se verra doté d’un musée consacré à l’art. Ce musée présentera des collections allant de l’Antiquité à l’art contemporain. Le bâtiment présentant des surfaces d’exposition de plus de 18’000 m2 a été dessinée par l’architecte Zaha Hadid. Dans l’attente de l’ouverture du musée, prévue en automne 2012, le Eli and Edythe Broad Art Museum vient de lancer son pendant virtuel.

Créé par des artistes de renommée internationale, John Fillwalk et Adam Brown, l’espace virtuel reflète l’architecture du musée réel, conçue par Zaha Hadid, et fournit un lieu novateur et accessible de partout pour la présentation  d’œuvres numériques interactives. Quatre œuvres originales ont été créées par John Fillwalk pour le lancement du projet.

Virtual Broad Art Museum - Flickr Gettr

Parmi celles-ci, on peut mentionner Flickr Gettr qui connecte la plateforme de partage d’images Flickr à l’environnement virtuel du musée. Le visiteur entre un mot dans un champ de recherche et les images liées à ce terme apparaissent. L’application génère aussi un nuage de mots associés, ce qui permet de varier les images.

Virtual Broad Art Museum - con|FLUENCE

Les visiteurs de l’exposition con|FLUENCE créent des chemins basés sur les réactions à l’environnement tant social que spatial. Pour l’instant, le musée semble un peu vide. Des oeuvres d’autres artistes seront progressivement intégrées dans l’espace virtuel.

Pour visiter le musée, il n’est pas nécessaire de créer un compte. Après être entrés dans le musée virtuel, les visiteurs sélectionnent un avatar pour se déplacer à travers l’espace grâce au clavier ou à la souris. L’avatar est réduit à sa plus simple expression, plutôt forme que personnage. Les visiteurs ont la possibilité d’interagir avec d’autres utilisateurs grâce à une fonction de chat. Il est aussi possible de tenir des conférences virtuelles et des spectacles avec un maximum de 100 visiteurs.

Le musée a été créé avec le logiciel Unity 3D qui nécessite l’installation d’un plug in. Les visiteurs du musée virtuel peuvent l’explorer en utilisant leur navigateur Web.

http://broadmuseum.msu.edu/VBAM/

Promenade virtuelle dans un cimetière

Les cimetières sont des lieux intéressants, notamment ceux des grandes villes. Ils abritent des tombes de personnalités. Ils recèlent également des sculptures remarquables. De fait, ils sont souvent visités par des touristes. La ville de Lyon offre désormais la possibilité d’effectuer une promenade virtuelle dans le cimetière de Loyasse.

Cimetière de Loyasse

Cimetière de Loyasse

Cimetière de Loyasse

Le système de navigation est celui de Street View. En cliquant sur certaines tombes, on obtient des informations sur le monument. Il est aussi possible de voir l’intérieur de caveaux remarquables.

Visite virtuelle du cimetière Loyasse (Lyon)

Flot d’informations

Une session de la Conférence Lift12, à Genève, était consacrée aux informations qui nous submergent à un tel point que nous n’arrivons plus à les gérer. Anaïs Saint-Jude, responsable du BiblioTech Program à l’université de Stanford, a présenté une intervention intitulée “Perspective on information overload”. Elle a relevé que ce n’est pas la première fois, dans l’histoire de l’humanité, que l’on a ressenti cette impression d’être dépassé par la masse d’informations à disposition. La Renaissance a vu une explosion des connaissances: on a redécouvert l’Antiquité et l’horizon s’est élargi à l’Amérique. De surcroît, l’imprimerie a permis une meilleure diffusion de l’information. La présentation avait du reste pour sous-titre “De Gutenberg à Zuckerberg”. C’est au cours de cette période que de nouveaux outils ont été créés pour permettre de digérer l’information et de la diffuser sous une forme qui la rendait accessible à un nombre important de personnes et non plus aux seuls érudits. Anaïs Saint-Jude a évoqué la figure de Théophraste Renaudot (1586 – 1653) qui a donné son nom à prix littéraire prestigieux. En 1631, il a créé La Gazette, le plus ancien journal publié en France. C’est l’origine du travail journalistique qui recherche l’information et la rend sous une forme plus simple à comprendre.

Anaïs Saint-Jude a aussi montré le rôle essentiel de la correspondance dans la diffusion d’informations et la création de réseaux, bien avant Facebook. Rappelons en passant que Balzac lui-même avait fait la connaissance de Mme Hanska grâce à une lettre. C’est suite à une correspondance enflammée qu’ils ont décidé de se rencontrer. Mme Hanska vivait en Pologne, Balzac à Paris. La rencontre a donc eu lieu à Neuchâtel, en Suisse.

Si on remonte plus haut dans le temps, on peut aussi admettre que l’Antiquité a dû faire face à une quantité d’informations importante. C’est pourquoi, à l’époque hellénistique, des bibliothèques ont été mises en place. La plus célèbre était celle d’Alexandrie. Cependant disposer des rouleaux sur des étagères n’amenait pas grand-chose. Il fallait encore mettre en place un inventaire, ce qui ne fut pas tâche facile.

Page d'une édition imprimée de Platon datant de la Renaissance

Chaque période a trouvé des solutions pour gérer l’information. La nôtre ne fera sans doute pas exception. Cette session de Lift12 est restée muette sur les possibilités actuelles de gérer l’information. A mon sens, elles vont se développer dans deux sens. Tout d’abord la curation faite par des experts ou des intermédiaires et qui ne peut faire l’économie du cerveau humain. Avec pour désavantage de nécessiter des ressources importantes en personel. Ensuite des solutions basées sur des métadonnées et des algorithmes permettant de traiter des masses importantes d’informations. Autrement dit le Web sémantique.

Université virtuelle

Apple a lancé en janvier une nouvelle application pour ses appareils mobiles: iTunes U. Cette application permet de suivre des cours provenant d’Université du monde entier ainsi que de collèges ou de divers institutions comme des musées ou des bibliothèques. Ces cours sont offerts sous forme de vidéos ou de podcasts. Parfois une documentation complémentaire est également disponibles. La majorité des contenus sont en anglais, mais on trouve certains cours dans d’autres langues comme le français (Collège de France par exemple) ou l’allemand.

iTunes-U

Les cours couvrent une grande variété de domaines: sciences, mathématiques, robotique, informatique, mais aussi histoire, archéologie, littérature, sciences sociales, etc. Il est possible de suivre des cours provenant d’universités prestigieuses comme Standford, Oxford. Quand on regarde le détail, il y a des cours introductifs, d’autres plus spécialisés. Les vidéos sont souvent des plans fixes, avec quelques diapositives. Parfois on a affaire à un montage plus soigné. Tous les cours sont gratuits. Dans certains cas cependant, le cours disponible dans iTunes U est un produit d’appel n’offrant que des extraits. Il faut acquérir le cours complet dans Apple Store.

Cette application ouvre des perspectives intéressantes dans le domaine de l’éducation. Elle ne remplacera certainement pas les instituts d’enseignement. Elle permet d’accéder au savoir depuis chez soi, de comparer les contenus pour choisir l’université ou le cours qui nous convient. Elle permet aussi de transformer le format des cours, de l’étendre. Une partie du cours se fera en classe, alors qu’une autre pourra être suivie à distance.

Valentino lance son musée virtuel

La haute couture est sans conteste l’un des arts du 20ème siècle et elle mérite par là sa place dans un musée. En effet, certains vêtements sont devenus des références et marquent encore la création aujourd’hui. La mode fait souvent appel à des modèles plus anciens, revus au goût du jour.

Valentino vient d’ouvrir un musée virtuel pour présenter les modèles qu’il a créés. Ce musée se présente sous la forme d’un espace séparé en plusieurs salles, dont une salle d’entrée. On peut traverser plusieurs salles et découvrir des robes ordonnées selon certains critères: couleurs (noir, blanc, noir et blanc, rouge, broderies, motifs animaliers). Il est possible d’accéder à une fiche descriptive du vêtement. Cette fiche contient parfois une visualisation en 3D de la robe ainsi que les documents disponibles: images du défilé, articles de presse, couvertures de magazine, etc. Dans une galerie, on peut admirer des robes placées devant la photo d’une célébrité la portant et le dessin de Valentino. Ailleurs encore on a une bibliothèque où l’on peut accéder à l’ensemble du corpus, robes, photos, dessins compris. S’y ajoutent encre des films des défilés, des couvertures de magazine, des articles de journaux. Ce musée permet d’accéder à l’ensemble de l’oeuvre de Valentino et cela à travers plusieurs cheminements.

Valentino Garani Virtual Museum

Valentino Garani Virtual Museum

Valentino Garani Virtual Museum

Valentino Garani Virtual Museum

Valentino Garani Virtual Museum

Pour accéder au musée, il faut installer un logiciel sur l’ordinateur. Le décor de ce musée est un peu froid et sans originalité. On trouve les sempiternels espaces blancs et les plafonds de verrière. Les robes sont posées sur des mannequins manquant singulièrement d’âme. Cependant derrière ce musée, se trouve un système d’information bien construit. Les différents éléments sont reliés entre eux. Ainsi il est possible d’accéder à une documentation complète concernant un vêtement. On peut rechercher les photos selon les photographes. Pour les professionnels de la mode, c’est un outil de travail remarquable. Pour les profanes ou les fashionistas, cela permet de découvrir l’univers d’un couturier de manière simple.

http://www.valentino-garavani-archives.org

Rituel muséal

Le samedi 3 décembre, le Musée jurassien ouvrait ses portes après deux années de fermeture pour cause de rénovation et de refonte de l’exposition permanente. La nouvelle présentation des collections permet d’entrer dans le patrimoine jurassien à travers des clichés. Ainsi le terme “Tête de moine” conduit à une série de salles sur l’histoire religieuse du Jura aboutissant à une présentation spectaculaire de la crosse de Saint Germain, sans doute l’objet le plus précieux du musée.
On trouvera aussi une galerie consacrée à l’histoire du Jura jusqu’à la création du canton ainsi qu’une salle dédiée au jurassique, terme désignant une ère géologique qui a fait connaître le nom du Jura partout dans le monde (un peu grâce à Steven Spielberg). L’horlogerie et le cheval des Franches-Montagnes ne sont pas oubliés. Il n’y a pas de doute: ce musée est bien celui de l’identité jurassienne.
La conservatrice du musée, Nathalie Fleury, a renoncé aux traditionnels discours des autorités lors de l’inauguration et, à la place, elle a demandé à quelques personnalités d’apporter un objet répondant à deux critères: être contemporain et pouvant entrer dans les collections du musée. Mme la Ministre Elisabeth Baume-Schneider a offert, au nom du gouvernement jurassien, la machine à écrire utilisée lors des travaux de l’Assemblée constituante, qui avait pour tâche de mettre au point une constitution pour le nouveau canton. Cette machine, de marque IBM, avait coûté environ 16’000 francs suisses en 1976.

Machine à écrire IBM utilisée par l'Assemble constituante jurassienne en 1976

Alors que la présidente de la Bourgeoisie de Delémont a remis un appareil PSION permettant de calculer le cubage d’un tronc d’arbre, le maire de Delémont, Pierre Kohler, est venu accompagné de deux des derniers citoyens de la ville, les artistes Lala et Billy Boy, et a offert au musée un de leurs tableaux. Avant la remise de ces objets au musée, Laurent Flutsch avait expliqué comment les objets de notre quoditien pourraient devenir, dans 2000 ans, des pièces dans un musée archéologique.

Cette série de dons au musée évoquait le rituel par lequel un objet est sorti de la vie de tous les jours pour entrer dans une collection muséale dont il ne devrait jamais sortir. La mise en musée se fait par le biais de dons, de legs, d’achats ou, éventuellement, de trouvailles. C’est un acte radical, car l’objet perd sa valeur d’usage et acquiert une valeur patrimoniale. A travers cet acte, on donne à l’objet un sens nouveau, en principe partagé par la collectivité. Il est intéressant de rendre visible ce passage d’un état à l’autre, notamment lors de l’ouverture d’un musée. A travers le don de la machine à écrire de l’Assemblée constituante, on peut observer ce changement de statut. Cette machine obsolète aurait pu finir dans une décharge. En mettant en avant son association avec un événement historique, on lui redonne une nouvelle vie. Les témoins de la scène et les visiteurs du musée pourront se remémorer un moment important de l’histoire jurassienne en contemplant une simple machine à écrire. C’est la magie du musée.

Site Internet du Musée jurassien: http://www.mjah.ch/

Le sommeil

Nous passons tous environ un tiers de notre vie à dormir, bien que le nombre d’heures dont chacun a besoin est différent. La multiplication des activités a tendance à écourter notre sommeil, au point qu’Ariana Huffington s’était lancée comme défi de dormir plus.

Le sommeil est le thème choisi pour notre calendrier de l’Avent 2011. Le sommeil repos, le sommeil fatigue, le sommeil frère de la mort, le sommeil fragile de l’enfant, le sommeil des animaux, le sommeil faiblesse, le temps du rêve et du cauchemar, tels sont les thèmes que la peinture occidentale a traités en montrant des personnages endormis. En 24 peintures de grands maîtres ou d’artistes moins connus, on pourra découvrir cette activité qui occupe une part importante de notre existence.

Gustave Courbet (1819 - 1877), Le Hamac, 1844

Gustave Courbet (1819 – 1877), Le Hamac , 1844

A découvrir à partir du 1er décembre 2011:

Steve Jobs in the cloud

Quand ils écriront des livres sur la fin du 20ème siècle et au début du 21ème siècle, les historiens ne manqueront pas d’ajouter un chapitre consacré à cette génération d’entrepreneurs dans le domaine de l’informatique et, plus tard, de la téléphonie mobile, car ils auront contribué à changer le monde, plus profondément que bien des chefs d’état. Des entrepreneurs issus pour la plupart de la Silicon Valley et qui ont troqué le costume contre des jeans, un tee-shirt et des baskets. Ils ne sont pas forcément les inventeurs des technologies qu’ils ont contribué à diffuser, mais ils en ont compris les enjeux et ont su trouver leur place dans les marchés et, par voie de conséquence, dans nos vies.

Steve Jobs était l’un d’eux. C’est grâce à lui que l’informatique personnelle est devenue simple à utiliser. Grâce à lui, l’interface sèche du MS-Dos s’est transformée en un bureau convivial. La souris a permis d’interagir de manière plus intuitive avec un ordinateur. Cet appareil était destiné aux informaticiens, managers, geeks et autres gamers, des gens qui se s’embarrassent guère de considérations esthétiques. Steve Jobs en a fait un objet d’une grande beauté, qui suscite le désir (et un peu de consumérisme). Fini le bakélite jauni, l’écran verdâtre et le clavier bruyant. L’ordinateur peut désormais trôner dans un salon.

Steve Jobs a aussi compris ce qu’Internet a changé dans la consommation musicale. Il a su rendre légal, commercial et rentable une tendance qui avait démarré avec les plateformes d’échange de fichiers, assimilées à du piratage. Le potentiel des téléphones portables dans l’utilisation d’Internet semblait évident depuis un certain temps, mais qu’il se concrétise. Steve Jobs a su imaginer l’appareil qui allait changer radicalement la situation. Désormais Internet n’est plus seulement accessible via un ordinateur et les appareils permettant de le consulter vont en se multipliant. En dernier lieu, les tablettes. Elles existaient déjà. Là encore Steve Jobs a su matérialiser le modèle qui nous a fait pensé que les tablettes étaient vraiment utiles, voire indispensables.

Bien sûr, toute médaille a son revers. L’univers créé par Steve Jobs est loin du monde open source basé sur le partage et l’ouverture. Le monde d’Apple est fermé et monétarisé. C’en est même un paradoxe quand on pense qu’à une certaine époque, Apple représentait une alternative sympathique face au quasi monopole de Microsoft. Ce temps là est loin, car Apple a rattrapé Microsoft en terme de chiffre d’affaire. On n’en voudra pas à Steve Jobs d’avoir refusé la pornographie sur les iPhone. En même temps, cela revenait à contrôler le contenu d’une plateforme pratiquement publique.

L’heure n’est cependant pas aux reproches. Le temps du jugement viendra suffisamment tôt. La contribution de Steve Jobs au développement de notre écosystème informationnel aura un impact durable. Il est parti jeune et il aurait certainement encore mis sur le marché des appareils fascinants s’il avait vécu plus longtemps. En même temps, il a inspiré toute une génération, dans son entreprise et en dehors. Son oeuvre lui survivra et se développera encore à travers tous ceux qui essayeront de marcher dans ses pas de géant. Pour paraphraser le titre d’un livre consacré à un moteur de recherche célèbre, ceux qui réfléchissent à l’intégration des technologies de l’information dans nos vies devront se demander, devant un problème: “qu’aurait fait Steve Jobs?”.
Tous les héros finissent par se fatiguer. Steve Jobs est parti au faîte de sa gloire, à son akmè, comme disait les Grecs. A coup sûr, il va devenir une icône et le processus vient de démarrer, à voir tous les témoignages qui ont fusé sur les homepages du monde entier. Qu’il repose en paix dans le “cloud” éternel.  Que de là, il continue à nous inspirer et à changer le monde.

Les deux commandements

Steve Jobs au paradis: les modes de communication s'en trouveront peut-être changés